Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
numéro 86, n°1

Les mathématiques au Collège de Guyenne à travers l’exemple d’Élie Vinet

Anne BOUSCHARAIN

Sommaire

Les études mathématiques doivent beaucoup à l’enthousiasme d’Élie Vinet (1509-1587), figure majeure du collège de Guyenne. En tant qu'enseignant, Vinet s'efforçait de rendre accessibles des textes anciens (Euclide, Proclus, Psellos) et plus récents (Sacrobosco, Nunès) à ses élèves. Cette approche pédagogique s'étendait même aux non-spécialistes, avec des ouvrages sur les mathématiques appliquées, comme La manière de fere les solaires et L’Arpanterie. Trois publications de Vinet sont au cœur de cette étude : la traduction de l’abrégé de Psellos, le manuel d’arithmétique de la Logistica, conçu spécifiquement pour le collège de Guyenne, et enfin le commentaire aux Éléments d’Euclide, où le paratexte éclaire sa vision pédagogique et son rapport aux connaissances contemporaines.


Summary

Mathematical studies owe much to the enthusiasm of Élie Vinet (1509-1587), a prominent figure at the Collège de Guyenne. As a teacher, Vinet endeavored to make ancient texts (Euclid, Proclus, Psellos) and more recent ones (Sacrobosco, Nunès) accessible to his students. This pedagogical approach extended even to non-experts, with works on applied mathematics such as La manière de fere les solaires and L’Arpanterie. Three of Vinet's publications are central to this study : the translation of Psellos's compendium, the arithmetic manual entitled Logistica, designed within and for the Aquitaine college, and finally the commentary on Euclid's Elements, where the prefatory letter illuminates Vinet's approach to pedagogy and contemporary knowledge.


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Giovanni Capassini et Etienne de Martellange. Répliques et copies

Camille LARRAZ et Rafaël VILLA

Sommaire

Cette étude envisage la production de copies et de répliques d’atelier par le peintre florentin Giovanni Capassini, actif entre Lyon et Tournon des années 1540 à 1579, et son élève Étienne de Martellange. Elle comprend une copie de la Madone Bridgewater de Raphaël et plusieurs versions de certains de leurs portraits. D’autres effigies inédites peintes par ces deux artistes sont également versées à leurs corpus respectifs et viennent enrichir notre connaissance de leur carrière et de la peinture de la vallée du Rhône dans la seconde moitié du XVIe siècle


Summary

This study examines the production of copies and studio replicas by the Florentine painter Giovanni Capassini, who worked between Lyon and Tournon from 1540 to 1579, and by his pupil Étienne de Martellange. It includes a copy of Raphael's Bridgewater Madonna and several versions of some of their portraits. Other unpublished effigies painted by these two artists are also added to their respective bodies of work, adding to our knowledge of their careers and of painting in the Rhône valley in the second half of the 16th century.


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Sur la bataille de Saint-Quentin (août 1557). Chants et contre-chants

Alain CULLIÈRE

Sommaire

En août 1557, la prise de Saint-Quentin par les Espagnols a été durement ressentie en France. Les Pays-Bas ont célébré de plusieurs manières cette victoire, qui a solennellement marqué le début du règne de Philippe II. On conserve des récits rédigés par le camp des vainqueurs, au plus près des combats, parfois publiés, mais également les traces de réjouissances populaires, sous forme de spectacles de rues et de recueils satiriques. Un de ces recueils, imprimé à Anvers par Gillis van Diest au lendemain de la bataille, contient des dialogues et des chansons en français qui raillent les vaincus, tout en leur reprochant d’avoir rompu la trêve de Vaucelles. L’article procède à l’analyse de ce recueil et présente ensuite la réplique que lui a aussitôt apportée un régent de collège nommé Hubert Meurier, particulièrement concerné par les événements en raison de son origine picarde. Cette réplique, publiée à Paris chez Annet Brière, consiste en une série d’épigrammes tantôt graves et tantôt ironiques, composées en latin pour une plus large audience et qui donnent évidemment un autre éclairage du contexte politique.


Summary

In August 1557, the capture of Saint-Quentin by the Spanish was deeply felt in France. The Netherlands celebrated this victory, which solemnly marked the beginning of the reign of Philip II, in a number of ways. We still have accounts written by the victorious side, as close as possible to the fighting, sometimes published, but also traces of popular celebrations, in the form of street shows and satirical collections. One of these collections, printed in Antwerp by Gillis van Diest the day after the battle, contains dialogues and songs in French that mock the defeated, while reproaching them for having broken the Vaucelles truce. The article analyses this collection and then presents the reply that was immediately made to it by a school regent named Hubert Meurier, who was particularly concerned by the events because of his Picardy origins. This reply, published in Paris by Annet Brière, consists of a series of sometimes serious and sometimes ironic epigrams, composed in Latin for a wider audience and which obviously shed a different light on the political context.


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Mellin de Saint-Gelais à l’Université de Pavie (1520-1521)

Nicole BINGEN

Sommaire

Le voyage d’études de Mellin de Saint-Gelais en Italie est souvent évoqué par ses biographes à la suite d’André Thevet, qui écrivait en 1584 qu’à vingt ans, Mellin s’était s’acheminé en Italie pour y apprendre le droit civil. Depuis, d’autres sources, même récentes, ont ajouté des précisions diverses, songeant surtout à l’Université de Padoue ou de Bologne, sans toutefois fournir de preuves. Aujourd’hui, un document d’archives exhumé par Elisabetta Canobbio permet enfin d’avoir une certitude. Mellin y est en effet cité comme étudiant en droit (« scolaris ») de l’Université de Pavie le 6.9.1520. Ce point de repère, complété par d’autres informations, jette une lumière nouvelle sur l’expérience italienne de Mellin. Si les débuts sont encore difficiles à esquisser, nous savons désormais qu’il étudia le droit civil, comme l’affirmait Thevet, pendant l’année académique 1520-1521, quels furent ses professeurs et ses condisciples (dont Simon de Villeneuve), ses contacts (Christophe de Longueuil, Guillaume Du Bellay) et les circonstances de son retour prématuré en France, à l’été 1521.


Summary

Mellin de Saint-Gelais' study trip to Italy is often mentioned by his biographers, following André Thevet who wrote in 1584 that at the age of twenty Mellin had travelled to Italy to learn civil law. Since then, other sources, even recent ones, have added various details, thinking mainly of the University of Padua or the University of Bologna, without however providing any proof. Today, an archival document unearthed by Elisabetta Canobbio finally allows us to have a certainty. Mellin is mentioned as a law student ("scolaris") at the University of Pavia on 6.9.1520. This landmark, supplemented by other informations, sheds new light on Mellin's Italian experience. Although the beginnings are still difficult to sketch, we now know that he studied civil law, as Thevet affirmed, during the academic year 1520-1521, who were his teachers and classmates (including Simon de Villeneuve), his contacts (Christophe de Longueuil, Guillaume Du Bellay) and the circumstances of his premature return to France in the summer of 1521.


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Les Vigenère en Bourbonnais : notes sur l’ascension sociale d’une famille bourbonnaise au XVe siècle

Paul-Victor DESARBRES

Sommaire

Cet article présente la famille de l'humaniste Blaise de Vigenère (1523-1596). Les Vigenère, notables solidement implantés entre le Bourbonnais et l'Auvergne au XVe siècle et au début du XVIe siècle sont représentatifs de ces familles de magistrats municipaux, notaires, propriétaires terriens, officiers ducaux, commissaires et officiers royaux qui ont acquis une relative aisance et ont emprunté, sans la parcourir jusqu'au bout, la voie de l'anoblissement. On peut voir l'importance de la culture chez les Vigenère et un certain art de tirer son épingle du jeu.


Summary

This article looks at the family of the humanist Blaise de Vigenère (1523-1596). The Vigenères, a family of notables firmly established between the Bourbonnais and Auvergne regions in the 15th and early 16th centuries, are representative of those families of municipal magistrates, notaries, landowners, ducal officers, commissioners and royal officers who acquired relative affluence and took the path to ennoblement without following it all the way. We can see the importance of culture among the Vigenères, and a certain art of getting by.


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Guido Bicillo da Urbino «libraro calvinista» a Strasburgo (1556-1558) e a Pesaro (? 1561)

Federico ZULIANI

Riassunto

Il saggio prova a gettare un po’ di luce su una figura poco conosciuta dell’emigrazione religiosa italiana del sedicesimo secolo: Guido Bicillo, originario di Urbino e poi divenuto libraio a Strasburgo. I materiali superstiti riguardanti Bicillo mostrano che, a dispetto di alcuni guai di cui non siamo meglio informati (forse di natura economica), egli ottenne il vivo apprezzamento di intellettuali e teologici riformati quali Johannes Sturm, Pietro Martire Vermigli e Girolamo Zanchi (egli, del resto, fu noto anche a Calvino). Nella sua seconda parte l’articolo sostiene quindi di identificare costui con quel Guidobaldo Bicillo, sempre da Urbino, che operò come tipografo prima a Venezia e, dopo un lasso di anni per il quale non ci rimangono documenti, a Pesaro. Infine, si considera l’eventuale partecipazione di Bicillo all’introduzione e alla circolazione in Italia di libri proibiti anche con intenti di propaganda protestante.


Summary

The article tries to cast some light on a little known figure of Sixteenth-century Italian religious emigration, namely Guido Bicillo, a man from Urbino who would become a bookseller in Strasbourg. The surviving materials concerning Bicillo show that, despite some unidentified (financial?) troubles, he gained the appreciation of renowned Reformed intellectuals and divines such as Johannes Sturm, Pietro Martire Vermigli and Girolamo Zanchi (he was also known to Calvin). In its second part, the article supports the identification of this Guido Bicillo with Guidobaldo Bicillo, always from Urbino, who worked as a printer at first in Venice and, after an undocumented hiatus, in Pesaro. Finally, it raises questions on Bicillo’s involvement with the introduction and the circulation in Italy of European Protestants prints, possibly with propagandistic intents.


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Retour aux antipodes. Six notes sur le Cymbalum mundi

Alain MOTHU

Sommaire

Dans cet article, retour est fait sur plusieurs points abordés dans Une philosophie des Antipodes. Athéisme et politique dans le Cymbalum mundi (Droz, 2023). Ils concernent : 1) la valeur signifiante de l’absence (ou de la disparition) de deux personnages majeurs du Cymbalum ; 2) l’identité de certaine « dame » à laquelle Mercure doit remettre un message au second dialogue ; 3) une allusion possible, nullement anodine, au Roman de la rose dans le troisième dialogue ; 4) l’exacte contemporanéité de Tibère, Apion et Jésus, appuyant l’idée que ce dernier est effectivement la « cymbale du monde » ; 5) le caractère morcelé et les continuités du Cymbalum dans son ensemble ; 6) la question de l’athéisme au XVIe siècle, dont la popularité pourrait résulter (parmi d’autres causes) de l’aspiration à réunir le christianisme contre un ennemi commun.


Summary

In this article, we return to several points addressed in Une philosophie des Antipodes. Athéisme et politique dans le Cymbalum mundi (Droz, 2023). These are : 1) the significant value of the absence (or disappearance) of two major characters ; 2) the identity of some « lady » to whom Mercury must deliver a message, in the second dialogue ; 3) a possible allusion, by no means innocuous, to the Roman de la rose in the third dialogue ; 4) the exact contemporaneity of Tiberius, Apion and Jesus, reinforcing the hypothesis that the latter is indeed the « cymbal of the world » ; 5) the breaks and continuities of the Cymbalum mundi as a whole ; 6) the question of atheism in the 16th century, whose popularity could result (among other reasons) from the aspiration to unite Christianity against a common enemy.


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Une renaissance tourangelle. La création du Centre d’études supérieures de la Renaissance (1948-1957)

Rémi JIMENES

Sommaire

En s'appuyant sur des archives inédites, cet article décrit l'histoire de la création du Centre d'études supérieures de la Renaissance à Tours. On démontre ainsi que l'ouverture de cet institut de recherche en novembre 1956 n'est que l'aboutissement d'un processus complexe, débuté dans les années d'immédiat après-guerre, quand plusieurs chercheurs et érudits tourangeaux envisagent la création de centres dédiés à la Renaissance. Les projets conçus par Maurice Roche (Centre Ronsard au prieuré Saint-Cosme), André Corbeau (Institut Léonard de Vinci à Amboise) ou encore Raymond Marcel (« Centre d'études humanistes ») dans les années 1948-1953 font émerger dans les élites et la classe politique locale l'idée de faire de Tours un centre universitaire de référence sur la Renaissance. Mais un tel projet ne se concrétise que parce qu'il recoupe les ambitions ministérielles, et la volonté de Gaston Berger d'instituer des centres de recherches thématiques pour accompagner la création du troisième cycle universitaire.


Summary

This article describes the history of the creation of the Centre d'études supérieures de la Renaissance in Tours. It shows that the opening of this research center in November 1956 was the culmination of a complex process that began in the immediate post-war years, when a number of researchers and scholars in Tours were considering the creation of centres dedicated to Renaissance studies: The projects conceived by Maurice Roche (Centre Ronsard at the Prieuré Saint-Cosme), André Corbeau (Institut Léonard de Vinci in Amboise) and Raymond Marcel (“Centre d'études humanistes”) in the years 1948-1953 gave rise to the idea among the local elite and political class of making Tours a university centre devoted to Renaissance studies. But such a project only came to fruition because it was in line with the ministerial ambitions and Gaston Berger’s desire to set up thematic research centres.


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Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
numéro 85, n°3

Les Lieux de l'amour. La Dispositio des vingt-quatre sonnets de Louise Labé

Christiane DELOINCE-LOUETTE

Sommaire

Le présent article propose une nouvelle description de la manière dont s'organisent les vingt-quatre sonnets d'amour de Louise Labé parus dans les Evvres de 1555. Cette description prend appui sur la disposition typographique de ces sonnets, qui se déploient sur six doubles pages dans l'édition de 1555 comme dans celle de 1556. Cette disposition typographique se justifierait par un dessein rhétorique, explorer ce qu'est Amour en six étapes ou « lieux » fondés sur une question d'origine ovidienne : peut-on trouver remède à l'amour ? Au terme de ces six étapes (puissance d'Amour, inconstance d'Amour, plaisirs d'aimer, espoirs déçus, folie d'amour, vanité du discours sur l'amour), la réponse est négative : point de remède à l'amour, rien que l'adoucissement permis par la poésie qui le chante, et qui fait de la poétesse un modèle pour les Dames lyonnaises.


Summary

This paper offers a new description of the organisation of Louise Labé's twenty-four love sonnets published in the Evvres of 1555. This description is based on the typographical layout of these sonnets, which are spread over six double pages in both the 1555 and 1556 editions. This typographical layout is justified by a rhetorical design, exploring what Love is in six stages or "loci" based on a question of Ovidian origin: can love be cured ? At the end of these six stages (the power of love, the inconstancy of love, the pleasures of love, disappointed hopes, the folly of love, the vanity of the discourse on love), the answer is negative : there is no cure for love, only the softening provided by the poetry that sings of it, making the poetess a model for the ladies of Lyon.


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Les Nouvelles récréations (1558) ne sont pas de Bonaventure Des Périers († 1544)

Jonathan NATHAN

Sommaire

Cet article soutient que les Nouvelles récréations et joyeux devis, un recueil de contes publié en 1558, ne peut pas être l’œuvre de Bonaventure Des Périers, l’auteur auquel il a été attribué par son éditeur Robert Granjon. En effet, les contes contiennent plusieurs références aux événements postérieurs à la mort de Des Périers. En outre, l’hypothèse avancée par Charles Nodier pour réconcilier ces anachronismes avec la paternité de Des Périers – qu’un éditeur les avait insérées dans le texte après sa mort – est imperméable à la réfutation et donc inacceptable, bien qu’elle soit partagée aujourd’hui par la plupart de seiziémistes. L’article est suivi de trois annexes, qui présentent une description bibliographique des Nouvelles récréations, ainsi que les transcriptions de quelques notes manuscrites de Prosper Marchand et Bernard La Monnoye, qui, au début du XVIIIe siècle, ont été les premiers à découvrir les anachronismes dans les contes


Summary

This article argues that the Nouvelles récréations et joyeux devis, a collection of tales published in 1558, cannot be the work of Bonaventure Des Periers, the author to whom it was attributed by its publisher Robert Granjon. This is because the tales contain several references to events which took place after Des Périers’s death. Furthermore, the hypothesis put forward by Charles Nodier to reconcile these anachronisms with Des Periers’s authorship—that they were inserted into the text by an editor after his death—is unfalsifiable and therefore unacceptable, even though it is held today by most specialists. The article is followed by three appendices, which present a bibliographical description of the book and transcriptions of notes by Prosper Marchand and Bernard La Monnoye, who, at the turn of the eighteenth century, were the first to discover the anachronisms in the tales.


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Calvin, une vie pour les Psaumes, et un malade âgé qui tempère son commentaire

Max ENGAMMARE

Sommaire

Max Engammare commence par rappeler l’importance des Psaumes dans la carrière de Calvin de 1536 à 1557, avant d’ouvrir son exemplaire personnel, conservé chez lui, de l’In libros Psalmorum commentarius de 1557, qu’il a eu le bonheur de retrouver en 2020 à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne. Cet exemplaire est corrigé de la main de Calvin, et il étudie la seconde série de ses corrections les plus importantes. Ces corrections marginales atténuent plusieurs expressions sévères de Calvin. Elles confirment que cette relecture des Psaumes avec un ou deux amanuenses a certainement eu lieu entre octobre 1558 et juin 1559, quand Calvin fut très malade, a gardé la chambre, n’a plus prêché ni participé à la vie sociale et religieuse de Genève. Deux solutions s’ouvraient à l’homme malade : devenir acariâtre ou s’adoucir. C’est la seconde voie qu’a emprunté Calvin. Cela induit quelques remarques finales sur l’inspiration du commentateur biblique.


Summary

Max Engammare begins by recalling the importance of the Psalms in Calvin’s career from 1536 to 1557, before opening his personal copy, kept at home, of the 1557 In libros Psalmorum commentarius, which he had the good chance to discover in 2020 at the Bibliothèque cantonale et universitaire of Lausanne. This copy is corrected in Calvin’s own hand, and the author is studying the second series of his most important corrections. They soften several of Calvin's harsh expressions and confirm that this rereading of the Psalms with one or two amanuenses certainly took place between October 1558 and June 1559, when Calvin was very ill, kept to his room, and no longer preached or took part in the social and religious life of Geneva. There were two solutions open to the sick man: become cantankerous or mellow out. Calvin took the second path. This leads to a few final remarks on the inspiration of the biblical commentator.


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Michel d'Arande et Claude Perceval, deux frères au service de Marguerite de Navarre. Documents inédits

Didier DESCAMPS

Sommaire

Michel d’Arande et Claude Perceval furent attachés au service de Marguerite de Navarre à des moments différents de sa vie, le premier comme aumônier, le second comme huissier de chambre. Jusqu’à présent, rien ne laissait deviner qu’il y eût un lien quelconque entre ces deux personnages. Par ailleurs, leur origine et leur fin de vie restaient obscures. Aussi la découverte de trois actes authentiques inédits les concernant revêtait-elle un certain intérêt. Un acte de partage prouve qu’ils étaient demi-frères utérins et dévoile la composition de leur famille. L’acte de sépulture de Michel d’Arande et un acte notarié d’attestation de son décès mettent fin aux supputations concernant sa fin de vie. Il était tentant de revisiter à la lueur de ces documents la vie de Claude Perceval, un des Libertins spirituels dénoncé par Calvin dans son traité. L’accueil que lui fit Marguerite à la cour de Nérac avant 1529 et son hébergement de vingt-quatre mois dans la maison de Martin Bucer à Strasbourg portent clairement la marque de son frère. Emprisonné dans les geôles du château de Mons sur ordre de Charles Quint, il avait disparu des radars. Des documents inédits prouvent qu’il en sortit rapidement et alla s’établir en Navarre, royaume dont il prit la naturalité. Malgré les critiques formulées par Calvin sur l’entourage de Marguerite dans son traité, celle-ci était donc restée fidèle à ses convictions. Nous tenterons de comprendre pourquoi, à la lumière des travaux récents de chercheurs en littérature de la Renaissance sur la doctrine des Bibliens de Meaux et celle des Libertins spirituels.


Summary

Michel d'Arande and Claude Perceval were attached to the service of Marguerite de Navarre at different times in her life, the first as chaplain, the second as chamber usher. Until now, nothing suggested that there was any link between these two characters. Furthermore, their origin and end of life remained obscure. So the discovery of three unpublished authentic documents concerning them was of some interest. An act of sharing proves that they were half-brothers and reveals the composition of their family. The burial certificate of Michel d'Arande and a notarized certificate of his death put an end to speculation concerning his end of life. It was tempting to revisit the life of Claude Perceval in light of these documents, one of the spiritual Libertines denounced by Calvin in his treatise. The welcome Marguerite gave him at the court of Nérac before 1529 and his accommodation for twenty-four months in the house of Martin Bucer in Strasbourg clearly bear the mark of his brother. Imprisoned in the jails of the castle of Mons on the orders of Charles V, he had disappeared from radar. Unpublished documents prove that he quickly left and went to settle in Navarre, a kingdom from which he took natural citizenship. Despite the criticisms formulated by Calvin on Marguerite's entourage in his treatise, she remained faithful to her convictions. We will try to understand why, in light of recent work by researchers in Renaissance literature on the doctrine of the Biblians of Meaux and that of the Spiritual Libertines.


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Un panneau du Maître de Commarin au Louvre

Camille LARRAZ

Sommaire

La réattribution d’un panneau conservé au musée du Louvre au Maître de Commarin, que l’on tend à identifier au peintre Jean I Dorrain, ouvre de nouvelles pistes de recherches sur son activité de portraitiste et son réseau de commanditaires à Dijon au début du XVIe siècle. Représentant des membres d’une confrérie d’apothicaires ou de chirurgiens, le tableau a connu plusieurs campagnes d’ajouts jusqu’au début du XVIIe siècle, faisant de l’œuvre un véritable laboratoire pour étudier le portrait bourguignon sur plus de cent ans.


Summary

The reattribution of a panel in the Musée du Louvre to the Master of Commarin, which tends to be identified with the painter Jean I Dorrain, opens new avenues of research into his work as a portraitist and his network of patrons in Dijon in the early 16th century. Depicting members of a brotherhood of apothecaries or surgeons, the painting underwent several campaigns of additions up until the early 17th century, making the work a laboratory for the study of Burgundian portraiture over more than a hundred years.


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Réflexions sur deux manuscrits de Henri I et Henri II de Mesmes

Yoshio Yamamoto

Sommaire

À l’époque moderne, la prise de notes est souvent pratiquée lors de la lecture des œuvres antiques. Nous abordons les cahiers manuscrits de Henri I et Henri II de Mesmes, en évoquant leurs carrières politiques et leurs cultures classiques. Ces deux magistrats érudits procèdent à la méthode des lieux communs, gestion d’un flux d’informations textuelles, dans certains cahiers d’extraits. Nous y trouvons leurs pratiques de la prise de notes, ce qui révèle un socle de culture commune des humanistes à l’époque moderne, et leurs applications particulières de la manière de classer les textes.


Summary

In the early modern period, note-taking is often practiced by humanists when reading ancient works. In this paper, we will pay much attention to the manuscript notebooks of Henri I and Henri II de Mesmes, discussing their political careers and classical cultures. These two erudite magistrates use the commonplace method to manage a flow of textual information in a number of extract books. In their note-taking practices, revealing a common base of humanist culture in the modern era, we can find their particular applications of how to classify texts.


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Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXV, n°2

Le testament de Louise Labé : portrait d’une femme affranchie

Stéphan HELLIN

Sommaire

Louise Labé laisse un testament d’apparence classique, pourtant il contient des caractéristiques rares et révélatrices de sa personnalité. Consciente des probables outrages que risque de recevoir sa sépulture, elle prend des mesures de sécurité. Elle se présente comme une chrétienne critique et elle affiche une forte défiance à l’égard de l’Église catholique. Cette femme riche est attentive à l’avenir de son entourage, surtout féminin ; elle est très généreuse avec les pauvres. L’absence presque totale de sa famille, à l’exception de ses deux neveux héritiers, démontre une véritable rupture familiale, et même sociale : la plupart des personnes citées sont plus pauvres et moins instruites qu’elle. Thomas Fortin, marchand florentin, son compagnon et exécuteur testamentaire, fait exception, il joue un rôle majeur dans cet acte : il est proche de cinq témoins sur six et impose son notaire. Dans ses dernières volontés comme dans sa vie, Louise Labé montre un fort caractère, une vive intelligence pratique, un isolement familial et elle semble adhérer aux valeurs nobiliaires. Les aspects peu communs de cet acte juridique se retrouvent dans d’autres sources de la poétesse, comme son portrait ou son œuvre. Ce testament montre que son style de vie hors norme la laisse en marge de la société de son temps.


Summary

Louise Labé left a will which might seem quite straightforward. However on closer reading, one notices several unusual clauses, which reflect on her character. She appears as a critical Christian, with strong feelings against the Catholic Church. As a wealthy woman, she made sure to provide for members of her inner circle, mostly female. She also showed great generosity towards the poor. Hardly any of her family members are named except for her two nephews mentioned as heirs. This is indicative of her breaking away from her family and even from society at large. Most of those who appear in the text were poorer and less educated than herself. Her partner and executor, the Florentine merchant Thomas Fortin, was an exception, and he played a major role in this act. He had personal ties to five out of six witnesses, and summoned his own notary for the deed. Louise Labé’s last wishes are in keeping with her whole life, showing her willpower and her keen practical intelligence, as well as her isolation from her family and her apparent adherence to the values of the nobility. The unusual aspects of the poet’s testament are echoed in other sources, such as her portrait or indeed her own work. The text confirms that her unconventional lifestyle made her a marginal figure of her time.


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Une nouvelle traduction évangélique de Charles Fontaine : l’épître de Paul à Tite (1541-1542 ?)

Guillaume BERTHON et Élise RAJCHENBACH

Sommaire

L’article signale l’identification d’un manuscrit contenant la traduction en vers français de l’épître de Paul à Tite (BnF fr. 2241), offerte par Charles Fontaine à François Ier, s’ajoutant ainsi aux trois autres traductions pauliniennes du poète déjà connues et adressées à des membres de la famille royale. Datable des alentours de 1541-1542, le texte permet de revenir sur les stratégies de carrière du polygraphe. Certains choix de traduction manifestent la discrète coloration évangélique d’un projet qui s’inscrit dans le sillage de la traduction des Psaumes par Clément Marot. Une édition intégrale du manuscrit clôt l’article.


Summary

The article deals with the identification of a manuscript containing a French verse translation of Paul's epistle to Titus (BnF fr. 2241), offered by Charles Fontaine to Francis I, adding to the three other Pauline translations by the poet already known and addressed to members of the royal family. Dating from around 1541-1542, the text provides an insight into the career strategies of the polygrapher. Some translation choices reveal the discreet evangelical tinge of a project that followed in the wake of Clément Marot's translation of the psalms. A complete edition of the manuscript concludes the article.


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Le libro del parto humano de Francisco Núñez, ou la « Roseraie » du traducteur humaniste

Zoé WEIL

Sommaire

Le Rosengarten de Rösslin (1513), premier manuel d’obstétrique européen publié en vernaculaire, connaît de nombreuses traductions en latin et en langues vulgaires. Le médecin espagnol Francisco Núñez en propose une version castillane en 1580, bien après celles des autres pays d’Europe et sans tenir compte des découvertes médicales de son siècle. C’est sur un plan littéraire et philologique qu’il déploie son auctorialité : référencement des sources, citations non médicales, anecdotes et commentaires étymologiques différencient le Libro del parto humano de son modèle, illustrant la conception de la traduction humaniste de la seconde moitié du siècle. Une comparaison avec la version latine (1532) d’une part et avec la seconde traduction française (1563) d’autre part permet d’éclairer les spécificités de l’ouvrage de Núñez et sa vocation savante.


Summary

Rösslin’s Rosengarten (1513), the first European handbook of obstetrics published in the vernacular, has been translated several times in latin and vulgar idioms. Although the Castilian version provided in 1580 by the Spanish physician Francisco Núñez comes long after the translations published through other European countries, it does not take into account any of recent medical discoveries. He exerts his own authorship on a literary and philological level, rather than a scientific one : source referencing, non-medical quotations, anecdotes and etymological comments distinguish the Libro del parto humano from its model, thus illustrating the humanist tradition of the second half of the century. Comparing this text with the latin version of the Rosengarten (1532) and the second French translation (1563) sheds light on the specific features of Núñez’s book and its scholarly purpose.


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Un recueil d’annotations grecques de Joachim Camerarius sur la Souda, mises au net par Simon Fabricius (1530-1593)

Nathaël ISTASSE

Sommaire

Joachim Camerarius l’Ancien (1500-1574) est généralement considéré comme l’un des plus importants humanistes du XVIe siècle. Ses écrits (préfaces, éditions, traductions, commentaires, traités, etc.) se chiffrent par centaines, sans compter une très riche correspondance. Un manuscrit de Bruxelles (KBR, IV 1038), datable de 1580, contient un travail inconnu de cet insigne philologue : des annotations à la Souda mises au net, pour les quinze premiers feuillets, par son fils Joachim Camerarius le Jeune (1534-1598) et, pour les soixante-dix autres, par l’helléniste et directeur du Gymnasium Sankt-Anna d’Augsbourg, Simon Fabricius (1530-1593). On doit la mise en œuvre de cette copie, d’un original non identifié à ce jour, à un autre grand nom de l’humanisme germanique et de la byzantinologie en particulier, Hieronymus Wolf (1516-1580), dont une correspondance épistolaire avec le fils de son ancien maître éclaire les circonstances de cette entreprise posthume. Outre une présentation du manuscrit, de l’auteur principal de la transcription, et de l’humanisme augsbourgeois contemporain, l’article comprend une analyse de ces annotations et des sources et éditions utilisées par Camerarius, ainsi qu’un échantillon traduit et annoté ou encore un relevé des entrées commentées.


Summary

Joachim Camerarius the Elder (1500-1574) is generally considered to be one of the most important humanists of the sixteenth century. His writings (prefaces, editions, translations, commentaries, treatises, etc.) number in the hundreds, not to mention his extensive correspondence. A manuscript from Brussels (KBR, IV 1038), dated 1580, contains an unknown work by this distinguished philologist: annotations to the Suda, the first fifteen leaves of which were transcribed by his son Joachim Camerarius the Younger (1534-1598) and the remaining seventy by the Hellenist and director of the Gymnasium Sankt-Anna in Augsburg, Simon Fabricius (1530-1593). Another great name in Germanic humanism and Byzantinology in particular, Hieronymus Wolf (1516-1580), was responsible for producing this copy of a previously unidentified original. His epistolary exchange with the son of his former master sheds light on the circumstances of this posthumous undertaking. In addition to a presentation of the manuscript, of the principal author of the transcription, and of contemporary Augsburg humanism, the article includes an analysis of these annotations and of the sources and editions used by Camerarius, as well as a translated and annotated sample and a list of the annotated entries.


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Spigolature cremonesi rinascimentali dal mercato antiquario

Daniele GUERNELL

Sommaire

Il contributo riesamina tre artisti cremonesi, ai quali sono attribuibili opere passate sul mercato antiquario. Il primo artista preso in considerazione è Frate Nebridio, di cui si conoscono due firme in due iniziali ora al Museo Civico Medievale di Bologna (ms. Palagi 130) e al Fogg Art Museum di Cambridge, Massachusetts (Harvard University, ms. Typ. 979, f. 5, n. 1916.24). Il frate agostiniano lavorò nella seconda metà del XV secolo, ed alla sua mano si ascrivono un ritaglio con Monache agostiniane in canto davanti ad un badalone, passata da Bruce Ferrini nel 1987, ed un Libro d’Ore del Fitzwilliam Museum di Cambridge (ms. 148). Il secondo artista è il Maestro dei fondi giallini, forse anch’esso frate agostiniano, che lavorò accanto a Nebridio, a cui si attribuisce un ritaglio ora al Columbia Museum of Art, nello South Carolina, con una Presentazione al tempio (acc. 2011.4). Infine, il terzo artista è Bonifacio Bembo, senza dubbio il pittore più importante della Cremona dell’epoca, che fu anche miniatore, come dimostrano i suoi interventi nella produzione dei Tarocchi. A lui la critica ha ascritto anche la realizzazione di due Salteri, uno a Mirandola (Centro Culturale Polivalente, ms. A) ed uno a Rimini (Biblioteca Gambalunghiana, ms. SC.MSM. 1), da cui provengono diversi fogli miniati ora in musei americani. A questo gruppo deve essere aggiunto quello un tempo presso H. P. Kraus, venduto presso Sotheby’s nel 2003.


Summary

The article provides an overview of three Cremonese artists, to which can be attributed works passed on the antiques market. The first artist taken into consideration is Frate Nebridio, of whom two signatures are known in two initials now in the Museo Civico Medievale in Bologna (ms. Palagi 130) and in the Fogg Art Museum in Cambridge, Massachusetts (Harvard University, ms. Typ. 979, f. 5, no. 1916.24). The Augustinian friar worked in the second half of the fifteenth century, and to his hand can be ascribed a cutting with Augustinian nuns singing in front of a badalone, sold by Bruce Ferrini in 1987, and a Book of Hours of the Fitzwilliam Museum in Cambridge (ms. 148). The second artist is the Master of the Yellow Backgrounds, perhaps also an Augustinian friar, who worked alongside with Nebridio, to whom is attributable a cutting of the Columbia Museum of Art, South Carolina, with a Presentation of Jesus at the Temple (acc. 2011.4). Finally, the third artist is Bonifacio Bembo, undoubtedly the most important cremonese painter of the time, who was also an illuminator, as demonstrated by his interventions in the production of the Tarots cards. Critics have also ascribed the creation of two Psalters, one in Mirandola (Centro Culturale Polivalente, ms. A) and one in Rimini (Biblioteca Gambalunghiana, ms. SC.MSM. 1), from which was cut several illuminated leaves now in American museums. To this group must be added the one once at H. P. Kraus, sold at Sotheby's in 2003.


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Vives studies: a review of the field

Joan TELLO

Summary

The aim of this article is to survey the most important scholarship from the sixteenth century up to our present day to study the life, the works, and the thought of Valencian humanist Joan Lluís Vives. A detailed bibliography, which includes the most recent research, is given in the Appendix.


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Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXV, n°1

Louise Labé et ses Poètes. Vade-mecum

MIREILLE HUCHON

Sommaire

Les Euvres de Louïze Labé Lionnoize (Lyon, Jean de Tournes, 1555), l’unique recueil de ses vers et de sa prose, accouplés aux écrits de ses « Poëtes », a souvent donné lieu à des lectures parcellaires, voire partiales, qui ne permettent pas de prendre la mesure de ce témoignage d’un moment exceptionnel de recherches formelles et poétiques. Cet ensemble, à lire dans sa forme originale manifestant d’intenses débats et codifications orthographiques, est à considérer dans toutes ses particularités éditoriales. Les textes des « Poëtes de Louïze Labé », qui s’inscrivent en avant-garde dans l’histoire de la poétique française, sont indissociables de ceux que signe Louise Labé, doctissimes et salaces, à replacer dans leur contexte de création. Le brillant recueil de Louise Labé, nom de plume à distinguer de celui de Loyse Labbé, est, tout comme ses prétendus portraits, une invite à se faire philologue en dépit des philodoxes.


Summary

The Euvres de Louïze Labé Lionnoize (Lyon, Jean de Tournes, 1555), the only collection of her verses and her prose, coupled with the writings of her "Poets", often gave rise to fragmented, even partial readings, which do not allow to take the measure of this testimony of an exceptional moment of formal and poetic research. This set, to be read in its original form manifesting intense debates and orthographic codifications, is to be considered in all its editorial particularities. The texts of the "Poëtes de Louïze Labé", which are part of the avant-garde in the history of French poetics, are inseparable from those signed by Louise Labé, doctissime and salacious, to be placed in their context of creation. The brilliant collection of Louise Labé, a pen name, to be distinguished from that of Loyse Labbé, is, just like her alleged portraits, an invitation to become philologist despite philodoxes.


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Proposition pour la jeunesse d’Antoine de Lonhy

ALIX BUISSERET et CONSTANTIN FAVRE

Sommaire

Le présent article se concentre sur cinq feuillets détachés d’un livre d’heures qui étaient autrefois dans la collection des marquis de Bute et aujourd’hui dispersés. L’identification des armoiries permet de reconnaître le commanditaire du livre d’heures, Pierre de Goux (?-1471). Originaire des Flandres, il s’installe à Chalon-sur-Saône, où il est proche de Jean Germain, évêque de la ville bourguignonne. L’analyse stylistique permet d’attribuer quatre de ces feuillets au jeune Antoine de Lonhy tandis que les considérations iconographiques et documentaires nous invitent à dater la réalisation du manuscrit précisément entre 1450 et 1453.


Summary

The present article focuses on five detached pages from a book of hours, formerly part of the Marquis of Bute’s collection and currently dispersed. The identification of the coat of arms allows us to recognize its original patron, Pierre de Goux (?-1471). Originally from Flanders, he settled in Chalon-sur-Saone, where he was close to Jean Germain, bishop of the Burgundian city. While stylistic analysis enables us to attribute four of these pages to the young Antoine de Lonhy, iconographic and documentary considerations lead us to date the manuscript’s creation precisely between 1450 and 1453.


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« Nous avons lu Pindare ». Défense et illustration d’un pindarisme anti-ronsardien dans une odelette de naissance de Florent Chrestien (1567)

ELENA PEREZ et NICOLA ZITO

Sommaire

Le présent article propose une édition, une traduction française et un commentaire philologique et littéraire d’une odelette de l’humaniste Florent Chrestien. Il s’agit d’une pièce de circonstance composée en 1567 à l’occasion du baptême de Charles de Bourbon-Soissons, fils de Louis de Condé. Replacée dans son contexte historique, l’odelette est analysée comme un manifeste pour un pindarisme alternatif à celui de Ronsard et de la Pléiade, et aussi comme une pièce militante au service de la cause protestante et des intérêts de la maison de Bourbon.


Summary

This article presents the edition, with French translation and philological and literary commentary, of an odelette by the humanist Florent Chrestien. It is an occasional piece composed in 1567 for the baptism of Charles de Bourbon-Soissons, son of Louis de Condé. Placed in its historical context, the odelette is analyzed as a manifesto for an alternative pindarism to that of Ronsard and the Pléiade, and as a militant piece serving the Protestant cause and the interests of the House of Bourbon.


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Comment combattre les rivaux poétiques au temps des Bourbons ? Sur une ode de Claude Garnier, commentateur et défenseur de Ronsard

CHARLOTTE CHENNETIER

Sommaire

Au cours des premières années du XVIIe siècle, une querelle oppose les « nouveaux poètes » aux tenants d’une tradition jugée trop asservissante. Claude Garnier, qui est surtout resté à la postérité comme éditeur et commentateur de Ronsard, en est aussi un défenseur véhément et belliqueux. Dans les pièces paratextuelles qui agrémentent les éditions des œuvres complètes auxquelles il a participé, Garnier élabore en effet, pour défendre l’auteur et vilipender ses propres rivaux, une ligne de défense poétique qui assure la parfaite actualité de Ronsard, un quart de siècle après sa mort.
La rivalité poétique est pour lui un thème de prédilection. Nul autre sujet ne l’a occupé davantage. Les images qu’il déploie et les arguments qu’il avance dans sa poésie évoluent au fil des années, doivent être compris dans un contexte de production changeant et diversement favorable. C’est en raison de ces transformations qu’il est intéressant de comparer deux versions d’une « Ode pindarique contre les mesdisans des Œuvres de Ronsard », insérées par Garnier à la fin des volumes de 1609 et de 1623.
En 1623, sa défense d’une conception néoplatonicienne de l’harmonie poétique paraît être en décalage avec la production littéraire et le cadre de pensée de son époque. Toutefois, c’est précisément parce qu’elle appartient au passé, à une certaine histoire littéraire, qu’elle sert à Garnier d’argument contre ses rivaux en poésie et contre le patronage artistique mené par « la race de Bourbon ».


Summary

During the first part of the seventeenth century, a quarrel arose between the ‘nouveaux poets’ [new poets] and the supporters of a tradition that was adjuged by some to be too subjugated. Claude Garnier, who is remembered notably as an editor and commentator of Pierre de Ronsard, was a vehement and forceful defender of him. In the paratextual materials of the complete works editions in which he was involved, Garnier offers a line of poetic argument that both defends Ronsard and vilifies his rivals, while also establishing the author’s topical relevance a quarter of a century after his death. For Garnier, the poetic rivalry is a preferred recurring theme; no other subject seems to draw more of his attention. The images he deploys and the arguments he puts forth in his poetry evolve over the years, and can only be understood in a changing, variously favourable production context. These evolutions make it fascinating to compare the two versions of an ‘Ode pindarique contre les mesdisans des œuvres de Ronsard’ [A Pindaric ode against the slanders toward Ronsard’s works], inserted by Garnier at the end of the 1609 and 1623 volumes. In 1623, Garnier’s defence of a Neoplatonic conception of poetic harmony appears to be out of step with the literary production and thinking of his time. Yet, it is precisely because of its roots in the past and a particular literary history, that Garnier is able to wield this argument against his poetic rivals and the artistic patronage led by ‘the Bourbon race’.


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Un brouillon inédit de Montaigne parmi des actes notariés

EVELIEN CHAYES et ALAIN LEGROS

Sommaire

Parmi plusieurs actes notariés conservés aux Archives de la Gironde et concernant Montaigne, un texte de sa main vient d’être découvert. Il s’agit d’un brouillon de lettre, assez énigmatique à première vue, car il ne contient que quelques phrases décousues, jetées sur le premier feuillet blanc venu pour y être rédigées avec soin. Grâce à plusieurs recoupements, le destinataire de la lettre perdue s’avère être le duc d’Épernon, « archimignon » du roi Henri III, qui se tenait alors sur la rive droite de la Garonne, juste en face de Bordeaux. La missive du maire de la ville l’invitait à passer outre le différend qui l’opposait alors à Matignon, lieutenant général du roi en Guyenne, pour recevoir, au nom du roi, l’hommage d’une « entrée » vraiment princière en ces premiers jours de juin 1584. Délicate s’il en est, cette lettre méritait bien quelques lignes de brouillon. Une lettre d’Henri III à Matignon montre, sans le nommer, que Montaigne avait su convaincre en la circonstance.


Summary

A text written by Montaigne was recently discovered among several notarial deeds that concern the writer himself and are held at the Gironde Archives. It is the draft version of a letter, enigmatic at first sight, as it only contains some disjointed sentences, scribbled down on the first blank sheet that came at hand for a careful redaction. As a result of various concurrences the recipient of the lost letter turns out to be the Duke of Épernon, Henry III’s « archimignon », who at the time stayed on the right bank of the Garonne, facing Bordeaux. The missive from the Maire invited him to ignore the dispute that then opposed him to Matignon, the King’s lieutenant general in Guyenne, and receive, in the name of the King, the homage of a truly princely « entry » during the first days of June 1584. Delicate if ever there was one, this letter justified some first drafts. A letter from Henry III to Matignon shows that, without mentioning him, Montaigne succeeded to convince in the given circumstances.


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Phlegmoniatria : un dialogue médical contemporain de Gargantua

ROMAIN MENINI

Sommaire

Phlegmoniatria, dialogue de la cure d’un Phlegmon est un texte paru sans nom d’auteur, à Lyon, chez Pierre de Sainte-Lucie. L’article replace le dialogue dans son contexte de publication lyonnais et revient sur la question de son attribution ; le recours à l’édition révisée de la Bibliotheca de Conrad Gessner permet de rendre à Étienne de Laigue, écrivain et diplomate, la paternité de ce livre pionner dans la vulgarisation de la médecine galénique en français.


Summary

Phlegmoniatria, dialogue de la cure d’un Phlegmon is a text published anonymously, in Lyons, by Pierre de Sainte-Lucie. The article focuses on the context of its publication in Lyon and returns to the question of its attribution; the use of the revised edition of Conrad Gessner’s Bibliotheca makes it possible to give Étienne de Laigue, writer and diplomat, the authorship of this pioneering book in the popularization of Galenic medicine in French.


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Two newly rediscovered poems attributable to Laurentius Corvinus

GRANTLEY MCDONALD

Summary

This article argues that two poems recently identified in the back of a copy of Laurentius Corvinus’ Carminum structura in Chicago, annotated by a student at the University of Leipzig in about 1499, can probably be attributed to Corvinus himself. The annotations in this copy reveal details of Corvinus’ life that are not revealed in his published work, which suggests that the scribe had other sources of information about Corvinus’ personal circumstances. Furthermore, the poems contain stylistic features that recall Corvinus’ other works. Finally, the glosses to the poems seems to paraphrase passages from Corvinus’ Cosmographia, first published in 1496.


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La correspondance entre Henri Estienne et Conrad Gessner (1548-1551)

LAURENT CALVIÉ

Sommaire

Le Zürich, Zentralbibliothek, Ms C 50a, qui constitue le Nachlass de Conrad Gessner (1516-1565), conserve, aux f. 275r-282v, la précieuse correspondance de jeunesse de l’érudit zurichois avec l’helléniste prodige Henri Estienne (1531-1598) : quatre lettres manuscrites très largement inédites, rédigées en grec entre 1548 et 1551. Après en avoir donné une description matérielle, en avoir précisé la date, les avoir rattachées à l’épître dédicatoire à l’imprimeur humaniste Robert Estienne (1503-1559) imprimée en tête du livre V des Pandectae (1548) de C. Gessner, et en avoir souligné l’intérêt tout particulier pour la biographie d’H. Estienne, le présent article donne la première édition et la première traduction de ces cinq textes épistolaires, avec des notes critiques et exégétiques.


Summary

The Zürich, Zentralbibliothek, Ms C 50a, which constitutes the Nachlass of Conrad Gessner (1516-1565), keeps, at the ff. 275r-282v, the Zurich scholar’s precious youth correspondence with the prodigy hellenist Henri Estienne (1531-1598) : four handwritten letters largely unplublished, written in greek between 1548 and 1551. After giving a material description of them, specifying their date, linking them with the dedicatory epistle to the humanist printer Robert Estienne (1503-1559) printed at the head of the fifth book of the Pandectae (1548) by C. Gessner, and underlining its special interest for H. Estienne’s biography, this article gives the first edition and the first translation of those five epistolary texts, with critical and exegetical notes.


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Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXIV, n°3

Les premières éditions de la Satyre Ménippée (1593 [sic]-1604)

JEAN BALSAMO

Sommaire

L’histoire éditoriale très confuse de la Satyre Ménippée peut être éclairée par une étude conjuguant la philologie et la bibliographie matérielle. Parmi les 29 impressions anonymes recensées, publiées entre 1593 (en réalité 1594 et plus tard) et 1604, il est possible d’identifier les éditions du texte original, et de les distinguer de celles proposant un texte modifié et un recueil progressivement augmenté de pièces nouvelles et d’illustrations, en précisant le statut de ces éditions (nouvelle émission, réimpressions, éditions composites, contrefaçons).


Summary

By linking philology and descriptive bibliography, one would be able to put a new light on the complicated publishing story of the Satyre Ménippée. Among a census of 29 anonymous prints published between 1593 (i.e. 1594 and after) and 1604, it is possible to discriminate a few editions bearing the text in its original simple state and those with corrections, alterations, new texts or illustrations, and to precise their editorial quality (new issue, reprint, part reprint, counterfeit).


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L’epistolario come enigma. Studio sulle lettere di Agrippa

DARIO GURASHI

Sommaire

Quantunque non disponiamo ancora di un'edizione critica della corrispondenza di Agrippa von Nettesheim, nondimeno gli studiosi hanno cercato di ricostruire la storia del suo epistolario. In quanto esempio di epistolografia rinascimentale, le lettere di Agrippa si inseriscono nel contesto delle battaglie culturali condotte dagli umanisti contro le autorità religiose tradizionali. Ripercorrendo i risultati della ricerca, questo saggio si propone di definire l'importanza dei carteggi di Agrippa come documento prezioso sia per tracciare lo sviluppo dei suoi interessi esoterici, sia per ridisegnare alcuni passaggi fondamentali nella diffusione della Riforma protestante. Particolare attenzione, quindi, è attribuita alle strategie editoriali che Agrippa persegue tramite la riscrittura di alcune sue lettere, di cui predispone copie rielaborate, finalizzate ad avvalorare il suo impegno teorico e politico.


Summary

Although a critical edition of Agrippa von Nettesheim's collected letters is still lacking, scholars have attempted to reconstruct the history of his epistolary collection. Such an example of Renaissance letter-writing is part of the widespread polemics conducted by the humanists against traditional religious authorities. Taking stock of the results of the research, this essay aims at explaining the importance of Agrippa's letters, which are considered not only valuable documents to trace the growth of his esoteric interests, but also to redraw some steps of the spread of the Protestant Reformation. In this context, particular attention is given to Agrippa's editorial strategies, by analyzing a couple of cases in which he commissioned revised copies of his letters in order to fulfill his theoretical and political endeavor.


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Considérations sur la peinture du jugement dernier de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi

THAÏS GOEBEL

Sommaire

Au début du XXe siècle, l’historien de l’art Émile Mâle relie la peinture du Jugement dernier de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi à des textes et xylographies du Compost et kalendrier des Bergiers – un incunable parisien publié par Guy Marchant en 1493. L’avis d’Émile Mâle, qui prévaut jusqu’ici, a déterminé d’une part la datation de la peinture, d’autre part son attribution à des peintres parisiens. Sa démonstration repose sur des arguments de deux natures : textuel et iconographique. Cet article propose de lister ces arguments sur lesquels la recherche s’est construite en vue de les réexaminer.


Summary

At the beginning of the 20th century, art historian Émile Mâle connected Albi Cathedral’s mural of the Last Judgment to texts and woodcuts from the Compost et kalendrier des Bergiers – a Parisian incunabulum published by Guy Marchant in 1493. Émile Mâle’s opinion, which prevails to date, determined both the dating of the painting and its attribution to Parisian painters. His demonstration is based on arguments of two kinds: textual and iconographic. This article proposes to list these arguments on which research has been built in order to re-examine them.


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La poétesse Camilla Scarampi (c. 1475-1540 ?) à la lumière d’un Volgarizzamento inédit de l’Hercules furens de Sénèque

NATHAËL ISTASSE

Sommaire

De la poétesse italienne Camilla Scarampi (c. 1475-1540 ?), encensée par Matteo Bandello et Luca Valenziano, saluée par Jacopo Sannazaro ou encore Jules César Scaliger, la tradition n’a livré que deux cent quarante-trois vers manuscrits, distribués en douze sonetti et six madrigali édités intégralement depuis peu. Un manuscrit bruxellois (ms. KBR IV 1197), daté de 1524, conserve 1931 nouveaux vers d’une traduction de l’Hercules furens de Sénèque due à cette rimatrice milanaise. Outre une actualisation biobibliographique et une présentation de ce volgarizzamento manuscrit dans le contexte de la réception contemporaine de Sénèque et de l’Hercule furieux en particulier, l’auteur propose une analyse métrique et quelques extraits en vers libres et rimés de cet Hercol furente juxtaposés aux passages latins correspondants.


Summary

Of the Italian poetess Camilla Scarampi (c. 1475-1540?), praised by Matteo Bandello and Luca Valenziano, lauded by Jacopo Sannazaro and Jules César Scaliger, the tradition has only delivered two hundred and forty-three handwritten verses, distributed in twelve sonetti and six madrigali, which have been edited recently. A Brussels manuscript (ms. KBR IV 1197), dated 1524, preserves 1931 new verses of a translation of Seneca's Hercules furens by this Milanese rimatrice. In addition to a biobibliographical update and a presentation of this handwritten volgarizzamento in the context of the contemporary reception of Seneca and of the Hercules furens in particular, the author provides a metrical analysis and some excerpts in free and rhymed verses of this Hercol furente juxtaposed with the corresponding Latin passages.


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Dorat et Œdipe Roi : des notes de cours de Jacques Bongars

NICOLAS SOUHAIT

Sommaire

Jacques Bongars a suivi en 1578 un cours de Dorat consacré à Œdipe Roi. Ses notes sont conservées à la Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, avec toute sa bibliothèque, et n’ont jamais donné lieu à une véritable étude. Nous proposons d’interroger ce document pour chercher à mieux connaître le professeur, malgré d’évidentes limites : nous ne pouvons étudier que ce que Bongars a décidé de retenir de son professeur. Comment Dorat enseignait-il Sophocle ? Ces notes donnent-elles à voir le Dorat qu’on désirerait voir, un professeur inspiré et inspirant ? Cette double question se décline alors : quelle édition sert de support au cours ? Dorat mobilise-t-il les ressources philologiques et pédagogiques qui apparaissent progressivement ? Entend-on distinctement sa voix propre ?


Summary

Jacques Bongars attended a lesson of Dorat on Oedipus Rex in 1578. His notes are preserved in the Burgerbibliotheque of Berne, along with his entire collection of works, and have never been truly studied. Questioning this document shall enable us to get to known the teacher better but – due to obvious limits, one shall only get to study what Bongars decided to remember about his teacher’s teaching. How did Dorat teach Sophocles? Do these notes enable the reader to see some wished for Dorat like an inspired and inspiring teacher? Such a twofold question leads to wonder what edition was used for the teaching course, to whether Dorat used the philological resources that gradually appeared and to whether his own voice is clearly audible or not.


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L’œuvre latine d’un humaniste bourguignon : la Gigantomachie de Jacques Guijon

SYLVIE LAIGNEAU-FONTAINE et alii

Sommaire

Né en 1542 à Autun dont il fut maire, l’humaniste Jacques Guijon est l’auteur d’une œuvre latine importante éditée en 1658 par le bibliophile dijonnais Philibert de La Mare. Cette œuvre comprend, entre autres, des Poemata parmi lesquels figure une Gigantomachie dont est ici proposée la première traduction française annotée. Guijon manie avec bonheur les caractéristiques thématiques et formelles du petit genre de l’epyllion et témoigne de sa bonne connaissance des précédents littéraires (gigantomachies antiques et renaissantes), sans s’interdire toutefois d’innover, par exemple dans le rôle développé qu’il attribue à la déesse Victoire ou dans l’image burlesque qu’il donne de Vulcain. Il apparaît en cela un bon représentant du dynamisme de l’humanisme bourguignon.


Summary

Born in 1542 in Autun where he was mayor, the humanist Jacques Guijon is the author of an important Latin work published in 1658 by Philibert de La Mare. This work includes, among others, Poemata among which is a Gigantomachia of which is proposed here the first annotated French translation. Guijon happily handles the thematic and formal characteristics of the small genre of the epyllion and shows a good knowledge of literary precedents (ancient and renaissance gigantomachies), without however forbidding himself to innovate, for example in the developed role he attributes to the goddess Victory or in the burlesque image he gives of Vulcan. That’s why he is a good example of the dynamism of Burgundian humanism.


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Des nouvelles d'Emilio Ferretti, juriste, humaniste, courtisan et... agent diplomatique florentin

PIERRE NEVEJANS

Sommaire

Cet article est centré sur l’humaniste Emilio Ferretti (v. 1490-1552), connu de l’historiographie pour son implication dans les milieux diplomatiques français des années 1530 et son travail comme éditeur de Tacite aux côtés de Sébastien Gryphe. À l’aune de sources issues des archives des Médicis conservées aux Archives d’État de Florence, il s’agit de dévoiler son rôle comme agent diplomatique florentin en France, puis d’émettre l’hypothèse que ces activités puissent avoir été liées à ses activités d’éditeur de textes antiques. Il s’agit ainsi de lever le voile sur l’un des angles morts de l’historiographie à propos de ce personnage, dans une perspective croisée d’histoire diplomatique et d’histoire de l’humanisme.


Summary

This article focuses on the humanist Emilio Ferretti (c. 1490-1552), known to historiography for his involvement in French diplomatic circles in the 1530s and for his work as editor of Tacitus, alongside Sébastien Gryphe. Using sources from the Medici archives kept in the State Archives of Florence, the aim is to reveal his role as a Florentine diplomatic agent in France, and then to make the hypothesis that these activities may have been linked to his activities as an editor of ancient texts. The aim is, thus, to lift the veil on one of the blind spots in the historiography of this character, in a cross perspective of diplomatic history and history of humanism.


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« Ce retour d’attention accordée au vieux poète ».
Éléments pour une histoire de la canonisation de Du Bellay au XIXe siècle

ISABELLE SCHLICHTING

Sommaire

Cet article se propose de retracer la postérité de Du Bellay au XIXe siècle, jusqu’à la première réédition, en 1867, de ses œuvres complètes par Charles Marty-Laveaux, événement qui marque la canonisation définitive d’un auteur longtemps resté mineur. Du Bellay, après sa mort, sombre assez rapidement dans un oubli presque total, dont il n’émerge qu’à la fin du XVIIIe siècle. Mais c’est surtout dans les années 1820 que les Romantiques, réhabilitant la poésie de la Pléiade, favorisent la redécouverte de Du Bellay : Hugo trouve chez lui quatre épigraphes de ses Odes et ballades, dont celle du titre général ; Sainte-Beuve dans son Tableau historique et critique de la poésie française au XVIe siècle et Nerval dans son Choix de poésies, lui accordent une place non négligeable. Prisé surtout comme l’ardent théoricien de la Défense et le poète léger et mélancolique des Odes et des Jeux rustiques, Du Bellay devient une sorte de préromantique – mais n’en demeure pas moins à cette date un auteur mineur. S’il est encore largement dédaigné par Nisard au milieu du siècle, un changement s’opère pourtant alors. En 1841, Sainte-Beuve, préfaçant l’édition de morceaux choisis entreprise par Victor Pavie, revient sur Du Bellay, infléchissant son portrait vers plus de douceur et de mélancolie. Pour la première fois surtout, l’éditeur et le critique mettent l’accent sur les recueils romains du poète, qui attireront désormais toute l’attention quand il sera question de lui. Entre les années 1850 et 1860, Du Bellay, sorti de l’ombre de Ronsard, s’impose comme un auteur de premier ordre de l’histoire littéraire française, comme en témoigne la série de trois articles que lui consacre encore Sainte-Beuve en 1867. Cette revalorisation, qui s’opère toutefois au prix d’une réduction de son œuvre à quelques titres, quand ce n’est pas au seul sonnet XXXI des Regrets, « roi des sonnets » pour Sainte-Beuve, aboutit à la fixation d’une figure canonique dont nous demeurons largement les héritiers.


Summary

This article aims to examine Du Bellay’s literary influence in the 19th century, until his complete works were republished for the first time, in 1867, by Charles Marty-Laveaux, an event that marked the definitive sanctification of an author who had long remained inconsequential. After his death, Du Bellay rather quickly sank into almost total oblivion, from which he emerged only at the end of the 18th century. But it is especially in the 1820s that the Romantics, rehabilitating the poetry of the Pléiade, fostered the rediscovery of Du Bellay: four epigraphs of Hugo’s Odes et Ballades were borrowed from Du Bellay, including the one of the main title; Sainte-Beuve in his Tableau historique et critique de la poésie française au XVIe siècle and Nerval in his Choix de poésies both granted him a significant place. Prized above all as the ardent theoretician of the Défense and the light and melancholic poet of the Odes and the Jeux rustiques, Du Bellay became a sort of pre-romantic - yet he still remained a minor author at that time. While still largely disdained by Nisard in the middle of the century, a change was nevertheless taking place. In 1841, Sainte-Beuve prefaced the edition by Victor Pavie of selected pieces and re-examined Du Bellay, softening his portrait towards more melancholy. For the first time especially, the editor and the critic emphasized the poet’s Roman collections, which were to attract all the attention in subsequent works focusing on him. Between the 1850s and 1860s, Du Bellay, having emerged from the shadow of Ronsard, stood out as a first-rate author in French literary history, as exemplified by the series of three articles that Sainte-Beuve devoted to him in 1867. This revaluation may have come at the price of reducing his work to a few titles, if not only to the sonnet XXXI of the Regrets - the "king of sonnets" for Sainte-Beuve - but it has also led to establishing a canonical figure whose heirs we largely remain.


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Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXIV, n°2

L’éthique luthérienne et les bibliothèques (1517-1572)

FREDERIC BARBIER

Sommaire

Si la question de l’alphabétisation et celle de la scolarisation sont de longue date apparues aux historiens comme des composantes-clés de « l’éthique protestante » telle que d’abord définie par Luther, il n’en a pas été de même pour ce qui regarde les bibliothèques. Certes, dans ce domaine, les changements sont largement antérieurs à la Réforme, et même à l’invention de la typographie en caractères mobiles au milieu du XVe siècle. Pour autant, la publication de l’Appel de Luther aux Magistrats de toutes les villes des pays allemands (Wittenberg, 1524) prônant l’organisation d’« écoles chrétiennes », souligne l’importance qu’il y a à leur adjoindre des collections de livres, dont il définit dans une certaine mesure le contenu et le statut. La contribution présente quelques-unes de ces fondations, en insistant sur le rôle de l’imprimé, et sur celui des intermédiaires : d’anciens étudiants de Wittenberg (le rôle de Mélanchthon est en l’occurrence considérable) ; des membres des bourgeoisies urbaines et des Magistrats ; enfin, certains princes et autres seigneurs bénéficiant de la souveraineté territoriale. L’éthique luthérienne correspond ainsi à une étape fondatrice dans la définition de la bibliothèque publique allemande en tant qu’institution moderne.


Summary

While the issues of literacy and schooling have long been seen by historians as key components of the “Protestant ethic” first defined by Luther, the same has not been true of libraries. Certainly, changes in libraries largely predate the Reformation, and even the invention of movable type in the mid-fifteenth century. However, Luther’s Appeal to the Magistrates of all German towns for the establishment of “Christian schools”, first published in Wittenberg in 1524, underlines the importance of the addition of book collections, the content and status of which he to some extent defines. The contribution presents some of these foundations, emphasizing the role of the printed word and the role of the intermediaries: former students of Wittenberg (Melanchthon’s role is considerable); members of the urban bourgeoisie and the Magistrates; and certain princes and other lords with territorial sovereignty. The Lutheran ethic thus corresponds to a founding stage in the definition of the German public library as a modern institution.


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L’Hymne sur la justice de Metz de Louis des Masures (1558). Texte et contexte

ALAIN CULLIÈRE

Sommaire

Dans les années 1550, la ville de Metz, passée sous « protection » française, se dote progressivement de nouvelles institutions. Elle publie notamment en 1555 un recueil d’ordonnances de police et justice qui se présente comme l’amorce d’un ordre de paix et de prospérité. Par ailleurs, l’influence de la Réforme s’y fait sentir et les protestants occupent peu à peu des places dans la magistrature. Depuis la Lorraine ducale où il vit, le poète Louis des Masures, lui-même très ouvert aux nouveautés religieuses, observe ce climat d’effervescence et de relative tolérance. Au début de 1558, juste après la prise de Calais, il compose un Hymne sur la justice de Metz, adressé au roi. Celui-ci y est présenté comme « soleil de justice », capable de toutes les victoires puisqu’il se conforme aux desseins de Dieu. Ce poème composite qui paraphrase méthodiquement les ordonnances de 1555, qui prend aussi des accents virgiliens, est surtout intéressant pour ce qu’il ne dit pas. En réalité, Des Masures est fasciné par cette cité de Metz toute proche, où la liberté de culte lui paraît possible. Il viendra d’ailleurs s’y réfugier en janvier 1562.


Summary

In the 1550s, the city of Metz, which had come under French “protection”, gradually acquired new institutions. In particular, in 1555 it published a collection of police and justice ordinances which presented itself as the beginning of an order of peace and prosperity. At the same time, the influence of the Reformation was felt and Protestants gradually took up positions in the judiciary. From his home in Lorraine, the poet Louis des Masures, who was himself very open to religious innovations, observed this climate of effervescence and relative tolerance. At the beginning of 1558, just after the capture of Calais, he composed a Hymn on the justice of Metz, addressed to the king. In it, the king is presented as the “sun of justice”, capable of all victories because he conforms to God’s designs. This composite poem, which methodically paraphrases the ordinances of 1555, and which also takes on Virgilian accents, is especially interesting for what it does not say. In reality, Des Masures was fascinated by the nearby city of Metz, where freedom of worship seemed possible. Indeed, he would take refuge there in January 1562.


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L’inspiration poétique garante de l’intégrité morale du poète dans les Poemata de Pietro Crinito (1474-1507)

CHARLES SENARD

Sommaire

Dans une Florence qu’accablent les vices, l’inspiration poétique a, dans les odes néo-latines du poète et érudit florentin Pietro Crinito (1474-1507), non seulement pour condition, mais aussi pour effet la préservation de l’intégrité morale du poète. En effet, l’inspiration poétique, qui est interdite aux profanes, lui permet de se réfugier dans un paysage sacré peuplé des divinités de l’inspiration et moralement pur, et de s’élever au ciel, loin au-dessus des vices ; certains indices suggèrent même que cet espace sacré poétique auquel accède le poète, sous l’emprise de l’inspiration, tient à l’au-delà et aux champs Élysées virgiliens. Crinito, héraut de la théologie poétique mais aussi poète lyrique horatien, recourt pour exposer ces idées à des motifs provenant des Carmina d’Horace qu’il détourne souvent de leur sens initial.


Summary

In a Florence plagued by vices, poetic inspiration has, in the neo-Latin odes of the poet and erudite Pietro Crinito (1474-1507), not only as a condition, but also as an effect, the preservation of the moral integrity of the poet. Indeed, poetic inspiration, which is forbidden to the profane, allows him to take refuge in a sacred landscape populated by the divinities of inspiration and morally pure, as well as to rise to the skies, far above the vices; certain elements even hint that this poetic sacred space which the poet accesses under the influence of inspiration is related to the afterlife and the Virgilian Elysian fields. To express these ideas, Crinito, a herald of poetic theology, but also an Horatian lyric poet, uses motifs from Horace’s Carmina which he often diverts from their initial meaning.


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Dante Alighieri e i giuristi del Rinascimento

RAFAEL RAMIS-BARCELÓ

Sommaire

Riassunto: Questo articolo studia la ricezione delle opere di Dante nei giuristi del Rinascimento, dal 1300 al 1600. Questo argomento non è mai stato studiato in modo sistematico e qui si propone una prospettiva generale ricercando citazioni dantesche nelle opere legali. L'articolo tenta di rispondere a quattro domande: 1) Quali giuristi hanno citato Dante?; 2) Quale orientamento avevano questi giuristi?; 3) In quali opere i giuristi hanno menzionato Dante?; 4) Quali opere di Dante furono più citate dai giuristi? Dopo l'esame di oltre cinquecento opere giuridiche a stampa dagli incunaboli al 1600, si propone una classificazione cronologica e tematica, al fine di mostrare la poliedrica ricezione di Dante tra i giuristi.


Summary

This article studies the reception of Dante’s works in Renaissance jurists from 1300 to 1600. This topic has never been systematically studied and here a general perspective is proposed by looking for quotations of Dante in legal works. The article attempts to answer four questions: 1) Which jurists quoted Dante?; 2) Which orientation did these jurists have?; 3) In what kind of works did the jurists mention Dante?; 4) Which works of Dante were most cited by jurists? After the examination of more than five hundred printed legal works from the incunabula to 1600, a chronological and thematic classification is proposed in order to show the multifaceted reception of Dante among jurists.


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L’épître de Tohibac Ouassou à François Ier : un témoignage poétique précoce des ambitions françaises au Brésil (1539 ?)

GUILLAUME BERTHON ET JEROME BICHÜE

Sommaire

L’article est consacré à une épître inédite de 150 vers conservée dans le manuscrit français 4967 de la BnF, que « Tohibac Ouassou », chef tupi venu en France à la suite du capitaine Jean Bellanger, seigneur de Biserets, aurait adressée à François Ier. Le texte est à replacer dans le contexte des expéditions normandes au Brésil menées durant les années 1530-1540 et de la rivalité avec les marchands portugais. Manifestement composé dans un milieu aux intérêts proches de celui des armateurs normands, il constitue une défense des prétentions françaises sur le Brésil, tout en fournissant un exemple précoce de la fiction du regard étranger jugeant implicitement les coutumes européennes.


Summary

The article focuses on an unpublished epistle of 150 verses preserved in the BnF’s French manuscript 4967, that “Tohibac Ouassou”, a Tupi chief who arrived in France following Captain Jean Bellanger, Lord of Biserets, is said to have addressed to François I. The text should be placed in the context of the Norman expeditions to Brazil in the years 1530-1540 and the rivalry with the Portuguese merchants. Clearly written in an environment close to the interests of Norman shipowners, it defends French territorial claims over Brazil while providing an early example of the fiction of the foreign gaze implicitly judging European customs.


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Les Arts libéraux du duc de Montefeltro et leur emplacement

ALEJANDRO CELY VELASQUEZ

Sommaire

Les Arts libéraux du duc Federico de Montefeltro sont une série de peintures allégoriques datant de 1476 dont l’attribution et la localisation d’origine font débat. Les seuls panneaux qui restent se trouvent aujourd’hui à la National Gallery. Deux autres se trouvaient autrefois à Berlin, mais ont été détruits en 1945. Ils sont généralement disputés entre Juste de Gand, un anonyme italien collaborateur de Melozzo da Forli et le peintre espagnol Pedro Berruguete. On a proposé de les placer par le passé dans la bibliothèque du palais ducal à Urbino, puis dans le studiolo du palais de Gubbio, dont les marqueteries se trouvent aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York. Nous démontrons ici, par une analyse matérielle, iconographique et surtout à l’aide de la direction de la lumière, que ces peintures allégoriques ne peuvent pas avoir été réalisées pour le studiolo de Gubbio et qu’il est plus probable qu’elles aient été destinées à la bibliothèque du palais ducal d’Urbino. Enfin, nous démontrons que l’attribution des peintures à Pedro Berruguete doit être acceptée, non seulement en raison des similitudes stylistiques qu’elles présentent avec le corpus du peintre espagnol, mais également en raison d’une mystérieuse inscription en pseudo-arabe au-dessus du trône de la Musique que l’on retrouve dans d’autres œuvres du même artiste.


Summary

Duke Federico da Montefeltro’s Liberal Arts are a series of allegorical paintings dating from 1476, whose attribution and original location are a matter of debate. The only surviving panels can be found today at the National Gallery. Two other panels were once in Berlin but were destroyed in 1945. Their authorship is generally disputed between Justus of Ghent, an anonymous Italian collaborator of Melozzo da Forli, and Spanish painter Pedro Berruguete. In the past, it has been suggested that the panels were initially displayed in the library of the ducal palace of Urbino and later in the studiolo of the palace of Gubbio, whose marqueteries are now in the Metropolitan Museum in New York. Through a material and iconographical analysis and mainly with the aid of the direction of light, we demonstrate here that these allegorical paintings were not made for the studiolo in Gubbio and that it is more likely that they were originally destined for the library of the ducal palace of Urbino. Furthermore, we show that their attribution to Pedro Berruguete must be accepted, not only based on the stylistic similarities they share with the Spanish painter’s corpus, but also because of a mysterious inscription in pseudo-Arabic above the throne of Music found in other works by the artist.


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La plume d’Henri III. La contribution de Jacques Davy Du Perron à la harangue d’ouverture des États généraux de Blois (16 octobre 1588)

ALEXANDRE GODERNIAUX

Sommaire

Le 16 octobre 1588, jour de l’ouverture des États généraux de Blois, le roi Henri III prononce une harangue. Le texte a la particularité de nous être parvenu en deux versions : l’une, largement diffusée par les imprimeurs du roi, s’inscrit dans un vaste projet de communication politique ; l’autre, inédite, se trouve dans les Diverses œuvres de Jacques Davy Du Perron, conseiller d’Henri III, et constitue la base sur laquelle le texte officiel a été composé. Il s’agit ici de comparer attentivement ces deux versions. Sera premièrement étudiée la manière dont le roi et son entourage ont adapté la proposition fournie par Du Perron aux enjeux politiques spécifiques des États : quels paragraphes ont été conservés intacts, reformulés, déplacés, modifiés, supprimés ou ajoutés, et pourquoi ? Dans un second temps, une édition de la harangue propose au lecteur une comparaison globale entre les deux versions du texte à travers une confrontation des paragraphes rédigés par le conseiller et de ceux diffusés par les imprimeurs.


Summary

On October 16, 1588, the day of the opening of the Estates General in Blois, King Henri III delivered a harangue. The text has the particularity of having come down to us in two versions: one, widely distributed by the king’s printers, is part of a vast project of political communication; the other, unpublished, is found in the Diverses œuvres de Jacques Davy Du Perron, adviser to Henri III, and constitutes the basis on which the official text was composed. The aim here is to carefully compare these two versions. Firstly, an introduction will study the way in which the king and his entourage adapted the Du Perron’s proposal to the specific political issues of the States: which paragraphs were kept intact, reworded, moved, modified, deleted, or added, and why? Secondly, an edition of the harangue offers the reader a global comparison between the two versions of the text by converging the paragraphs written by the adviser and those distributed by the printers.


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Louise Labé : signature, patronyme et identité

STEPHAN HELLIN

Sommaire

Le patronyme de Louise Labé reste un point discuté pour les chercheurs. En effet, il n'existe pas de signature de la poétesse, et son père porte, selon les documents, les noms de « Charly », « Charlin », « Charlieu » ou « Charriers ». En revanche, la signature retrouvée de son neveu, Jacques, fils de son frère François, permet d'établir la graphie exacte du nom de Louise, « Charlieu », et de son surnom rajouté, « dict Labbé ». Le choix de Louise, contraire à tous les usages de l'époque, d'enlever le nom de son père et de son mari de son œuvre au profit du seul surnom de « Labé », écrit avec un seul « b », surprend. Cette décision originale est analysée comme une volonté d'affirmer son identité face à un milieu d'origine, la bourgeoisie lyonnaise.


Summary

Louise Labé’s surname remains a point of discussion among researchers. Indeed, there is no existing signature of the poet, and her father bears, according to the document, the surnames “Charly”, “Charlin”, “Charlieu”, or “Charriers”. However, the finding of the signature of her nephew, Jacques, son of her brother François, allows us to establish the exact spelling of Louise’s surname, “Charlieu”, and her added alias, “dict Labbé”. Louise’s choice—contrary to the standard practice of the times—to remove the names of her father and husband from her work in favor of a single alias, “Labé”, written with a single “b”, is surprising. This original decision could be seen as a desire to affirm her unique identity amidst her social group, the bourgeoisie of Lyon.


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Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXIV, n°1

LE LIVRE DE DROIT – LES DECISIONES NEAPOLITANAE DE MATTEO D’AFFLITO – AU MILIEU DU TABLEAU OU COMMENT LE PEINTRE JOHAN WOUTERSZ. DONNE AU SPECTATEUR LE FIN MOT DE L’HISTOIRE

Stéphan Geonget

Summary

In the Musée d'art et d'histoire de Genève, there is a painting by Johan Woutersz which presents a curious scene, wrongly explained as a "consultation". But the painter provides the means to understand what it is all about. He does so by means of a detail, an element that has gone unnoticed until now, a sort of scholarly wink that points to a moral and religious reading of the work. Woutersz. places a thick book, that of the contemporary jurist Matteo D'Afflito, in a very visible way. He gives us the page and the first words. From that point on, everything makes sense. This is a critical picture, a firm indictment of usury and the greed of men who have abandoned Christian charity.


Résumé

Il existe au Musée d'art et d'histoire de Genève un tableau de Johan Woutersz. qui présente une scène curieuse, explicitée à tort comme une "consultation". Mais le peintre donne les moyens de comprendre de quoi il retourne précisément. Il le fait par l'entremise d'un détail, d'un élément passé jusqu'à présent inaperçu, une sorte de clin d'œil savant qui met sur la piste d'une lecture morale et religieuse de l'œuvre. Woutersz. dispose en effet, de façon parfaitement visible, un épais livre, celui du juriste contemporain Matteo D'Afflito. Il nous donne la page et les premiers mots qui y figurent. À partir de là, tout prend sens. Il s'agit ici d'un tableau critique, d'une ferme mise en cause de l'usure et de l'avarice des hommes qui ont abandonné la charité chrétienne.

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MAPPING THE USE OF THE “REPUBLIC OF LETTERS” IN THE CORRESPONDENCE OF CASAUBON AND OF SCALIGER

Karen Hollewand and Dirk van Miert

Summary

Today, the phrase ‘Republic of Letters’ is used as a catch-all for the early modern world of learning, with historians arguing that it was a vital category for scholars. This article, presenting a conceptual history of the phrase ‘Republic of Letters’ by looking at its occurrence in 2803 letters written or received by Isaac Casaubon and Joseph Scaliger between 1561 and 1613, confirms as well as criticizes the present-day use of this term. While the quantitative results of the study act as a baseline for future research, its qualitative analysis offers a method to distinguish between different functionalities of the concept ‘Republic of Letters”. Showing that it was used in relation to identity and in a pragmatic manner, the article concludes that there was a common core in the employment of the term: to establish, emphasize, and extend the common ground of scholars and thus facilitate the communication of knowledge.

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INTRODUCING THE SUPPLEMENT TO BIBLIOGRAPHY OF FRENCH BIBLES. FIFTEENTH- AND SIXTEENTH-CENTURY FRENCH-LANGUAGE EDITIONS OF THE SCRIPTURES

Bettye Thomas Chambers

Summary

Almost 40 years after its publication in 1983, Bibliography of French Bibles. Fifteenth- and Sixteenth-Century French-Language Editions of the Scriptures is getting an update. This Supplement includes additions of 2000+ copies, 220 libraries, and almost 80 newly discovered editions, issues, states, or ghosts, many of which are treated for the first time in this article, with the caveat that the case is not closed: there are still mysteries to be solved and, no doubt, still more discoveries to be made.

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ACADÉMIE, POÉSIE ET THÉOLOGIE : LES TROIS GRÂCES DE GUILLAUME CASTEL (C. 1460-1520), ORPHÉE À L’UNIVERSITÉ DE PARIS

Nathaël Istasse

Summary

Parmi la pléiade de pièces poétiques composées au sein des collèges universitaires de la Renaissance, celles du théologien tourangeau et régent in artibus Guillaume Castel (c. 1460-1520) fournissent un reflet fidèle du réseau social qui put être le sien au sein de l’Université de Paris et des collèges de Navarre et Bourgogne en particulier, leurs destinataires appartenant quasiment tous à cette sphère académique. Ses différentes épigrammes et élégies, intégralement réunies en 1505-1506, portent sur des sujets aussi divers que la religion ou la vie quotidienne des collèges et, par ailleurs, témoignent d’une érudition confinant parfois à l’obscurité, complètement assumée par l’auteur.


Résumé

Among the plethora of poetic pieces composed within the university colleges of the Renaissance, those of the theologian from Tours and regent in artibus Guillaume Castel (c. 1460-1520) provide a faithful reflection of the social network that may have been his within the University of Paris and the colleges of Navarre and Burgundy in particular, as their addressees belonged almost entirely to this academic sphere. His various epigrams and elegies, collected in their totality in 1505-1506, deal with subjects as diverse as religion or the daily life of the colleges and, moreover, bear the mark of an erudition sometimes bordering on obscurity, completely assumed by the author.

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HOLBEIN’S SECOND PORTRAIT OF NICOLAS BOURBON

Alexander Marr

Summary

The woodcut portrait of the French neo-Latin poet Nicolas Bourbon, designed by Hans Holbein the Younger (ca. 1497-1543), is well known. First published in Bourbon’s little collection of verses and letters, Paidagogeion (1536), it was based on Holbein’s ad vivum drawing of the poet, made during his brief exile in England in 1535. Surprisingly, it has been barely remarked upon that a second woodcut portrait of Bourbon, the design of which is attributed here to Holbein, was published a few years later in another of Bourbon’s books. The present article sets out the circumstances in which this second portrait was made, and how we might interpret it in relation to the first picture and Bourbon’s self-fashioning as a “poet laureate”.

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TROIS LIVRES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTAIGNE AUX ENCHÈRES

Alain Legros

Summary

Three books that belonged to Montaigne were recently found and sold at auction in Bordeaux (2020) and Paris (Christie's, then Drouot, 2021) : Plutarch's Vies, Paris, Vascosan, 1565 (signature on title, five autograph notes in French), Terence's Comœdiæ, Basel, Froben et Episcopus, 1538 (Latin bookplate, Italian and Latin motto, nearly 230 autograph notes written at 15 and 20 in Latin, with Greek quotations), Bernardino Corio's L'Historia di Milano, Venice, Cavalli, 1565 (signature on the title, without annotations). From these three flowers the note composes a bouquet offered to montaignists and bibliophiles as well as to all those interested in the circulation of books and ideas in the times of Humanism and the Renaissance.


Résumé

Trois livres ayant appartenu à Montaigne ont été récemment retrouvés et vendus aux enchères à Bordeaux (2020) et à Paris (Christie’s, puis Drouot, 2021) : les Vies de Plutarque, Paris, Vascosan, 1565 (signature au titre, cinq notes autographes en français), les Comœdiæ de Térence, Bâle, Froben et Episcopus, 1538 (ex-libris latin, devise italienne et latine, près de 230 notes autographes écrites à 15 et à 20 ans en latin, avec citations grecques), L’Historia di Milano de Bernardino Corio, Venise, Cavalli, 1565 (signature au titre, sans annotations). De ces trois fleurs la note compose un bouquet offert aux montaignistes et aux bibliophiles comme à tous ceux qu’intéresse la circulation des livres et des idées aux temps de l’Humanisme et de la Renaissance.

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MARGUERITE DE NAVARRE ET LA TRADUCTION MANUSCRITE DU DISCOURS D’ISOCRATE AU ROY NICOCLES

François Rouget

Summary

The orations of the Greek rhetorician Isocrates were published as early as the XVth century, and translations in Latin and French reached dignitaries as well as a larger audience. However, the identity of the translators is often uncertain. This is the case for the Oraison de Isocrates à Nicocles (II), which is copied in a manuscript bound for the dauphin Henri de Valois (1542), and preserved at the Biblioteca Trivulziana in Milan (Ms. Triv. 2152). Giulio Porro and Pierre Jourda have proposed that Marguerite de Navarre, Henri’s aunt, might have produced the translation. This article offers a material study of the manuscript, re-assesses its authorship, and provides an edition of the translated text.


Résumé

L’œuvre de l’orateur grec Isocrate a été éditée dès le XVe siècle, et les traductions en latin, puis en français, furent destinées aux princes comme à un public élargi. Pourtant, l’identité des traducteurs n’est pas toujours connue. C’est le cas de l’Oraison de Isocrates à Nicocles (II), qui est copiée dans un manuscrit relié pour le dauphin Henri de Valois en 1542, et conservée à la Biblioteca Trivulziana de Milan (Ms. Triv. 2152). Giulio Porro et Pierre Jourda avaient avancé que la traduction française pourrait revenir à Marguerite de Navarre, tante du dauphin. Le présent article offre une étude matérielle du manuscript, pour réévaluer la paternité de cette traduction, et en procure une édition.


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Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXIII, n°3

AUX ORIGINES DES CORNES DES COCUS

Louise Moulin

Summary

Cuckolds have been associated with horns at least since the late Middle Ages, when the French word for “cuckold”, “cocu”, entered the language. Throughout the Early Modern period and beyond, learned and comic authors alike discussed the possible origin of horns as a symbol of cuckoldry. They proposed dozens of creative explanations that contributed to a literary tradition in which references to Antiquity and to folklore coexisted. The present article analyzes this literary practice. Firstly, it assesses the plausibility of their most common theories: cuckoos, capons, and rams. Recognizing that none of them achieved dominance, but also that authors’ intentions were never to impose one theory, it then examines the specific connotations of these various referents with a particular focus on gender. In so doing, it shows how carefully chosen metaphors shape readers’ perception of a case for adultery.


Résumé

Le motif littéraire des cornes a été associé au cocuage depuis la fin du Moyen Age, lorsque le terme même de « cocu » est apparu dans la langue française. Tout au long de la période prémoderne et au-delà, des auteurs érudits comme comiques ont discuté la signification des cornes et leur lien avec le cocuage. Leurs explications, toujours imaginatives et se comptant par dizaines, ont alimenté un fonds littéraire dans lequel se côtoyaient mythes antiques et légendes populaires. Le présent article interroge cette pratique littéraire. Il explore d’abord la vraisemblance des pistes les plus couramment avancées, principalement celles des coucous, des chapons, et des boucs. Constatant que non seulement aucune d’entre elles ne s’imposait définitivement dans les textes d’époque, mais encore qu’aucune n’avait de vocation à le faire, il se tourne ensuite vers les connotations de ces référents divers, notamment au prisme du genre, et montre les répercussions du choix d’un comparant sur l’exposition de cas d’adultère.

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LES PHILADELPHIARUM LIBRI DUO DE HIERONYMUS RUPEUS

David Amherdt et Ignacio Javier García Pinilla

Summary

The Philadelphiarum libri duo (1537) by the Spaniard/French Hieronymus Rupeus (Jerónimo de la Peña/Jérôme de la Roche), is a collection of Latin epigrams composed for his patrons and friends. It offers us a precious testimony to the cultural effervescence of humanism in Paris around that year. We learn about the world of royal readers, neo-Latin poets gravitating around the Parisian colleges, and patrons; we witness the fierce struggles between scholasticism and Hellenism. From a literary point of view, the Philadelphiarum libri duo, which owe much to Martial, are also a very fine example of the literary aesthetics of the time.


Résumé

Les Philadelphiarum libri duo (1537) du Franco-Espagnol Hieronymus Rupeus (Jérôme de la Roche/Jerónimo de la Peña), recueil d’épigrammes latines composé pour ses protecteurs et amis, nous offre un précieux témoignage de l’effervescence culturelle de l’humanisme parisien autour de cette année. Nous y découvrons le monde des lecteurs royaux, des poètes néo-latins gravitant autour des collèges parisiens, des mécènes ; nous assistons aux luttes féroces entre scolastique et hellénisme. Du point de vue littéraire, les Philadelphiarum libri duo, qui doivent beaucoup à Martial, offrent aussi un très bel exemple de l’esthétique de l’époque.

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LES EAUX MÉLANCOLIQUES. POÉTIQUE DU PSAUME 137 CHEZ MAROT

Isabelle Fabre

Summary

Marot’s Psalm paraphrases has been hailed as a major achievement in French Renaissance poetry. Although the poet wants to stay as close as possible to his biblical source, his rendering of Psalm 137 stands out by its features and tone, as shaped by the initial rime acquatiques-melancoliques, which is peculiar to Marot. Far from being ornemental, such a bold move imparts a new reading to the text, reworking some of its features while rephrasing completely the expression of loss and violence that pervades the entire poem. In light of the other occurrences of “melancholy” and its derived forms throughout Marot’s complete works, this paper aims showing how his rendering of the Psalm stands also for a genuine piece of art that stays away from any spiritual compromise and the rhetorical facilities.


Résumé

La paraphrase des Psaumes de Marot figure de longue date parmi les chefs d’œuvre de la poésie française de la Renaissance. Bien que Marot s’efforce de restituer le texte biblique dans son intégrité, sa traduction du Psaume 137 se distingue par son traitement poétique et sa tonalité, que la rime initiale acquatiques-melancoliques contribue à installer. Loin d’être ornemental, cet ajout fait entendre autrement l’expression du deuil et de la violence qui caractérise le poème, renouvelant ainsi sa lecture. Rapportée à l’ensemble de l’œuvre de Marot, l’emploi du terme « mélancolie » et de ses dérivés éclaire ce choix herméneutique, qui définit aussi une poétique fondée sur la « pierre dure » d’un art refusant les compromissions et les facilités rhétoriques.

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UN MANUSCRIT DU ROMULEON LATIN AUTOUR D’ENGUERRAND QUARTON ET BARTHÉLEMY D’EYCK

Mireia Castaño

Summary

The Parisian Bibliothèque de l'Arsenal (ms. 668) holds an important compilation of Latin texts, containing on its first part one of the rare copies of the Romuleon latin version ever produced in France. Although textual and iconographic analysis do not allow the manuscript to be dated or located in a precise manner, its perfectly recognisable decoration links it to the artistic milieu of Avignon in the middle of the 15th century. The first painting of this lavishly decorated manuscript can be compared to some illuminations attributed to Enguerrand Quarton. A close follower of Barthélemy d’Eyck is responsible of the rest of the illustrated cycle. In addition, the Arsenal manuscript presents quite striking and recurrent quotations to one of the most important illuminated works produced in Provence at that time, the Morgan Hours (New York, Pierpont Morgan Library, MS M 358).


Résumé

La Bibliothèque de l’Arsenal (ms. 668) conserve un recueil de textes latins dont la première partie présente un des rares exemplaires du Romuleon dans sa version latine produits en France. Si l’analyse textuelle, iconographique et des marques d’appartenance ne permettent pas de dater ou localiser le manuscrit de manière précise, son décor à l’idiome parfaitement reconnaissable le rattache au milieu artistique avignonnais du milieu du XVe siècle. Représentant des Auteurs classiques devant Rome, la première peinture du manuscrit est comparable à certaines enluminures attribuées à Enguerrand Quarton. Non moins intéressant, le reste du cycle illustré est conçu par un enlumineur avignonnais proche de Barthélemy d’Eyck ; par ailleurs, le manuscrit de l’Arsenal cite à plusieurs reprises l’un des plus importants manuscrits produits en Provence à cette époque, les Heures Morgan (New York, Pierpont Morgan Library, MS M 358).

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LA PRÉFACE LATINE DE JEAN CALVIN À SA TRADUCTION FRANÇAISE DES HOMÉLIES DE CHRYSOSTOME

Quentin Roca

Summary

In 1538, probably during his solitary retreat in Basel, John Calvin undertook an unprecedented task: the translation into French of several complete homilies of John Chrysostom, destined for lay Christians who did not know Greek. Today all that remains of this project is the draft of the Preface where Calvin details the motivations for his undertaking: he explains why he prefers Chrysostom to the other Church Fathers, warns his readers against what he considers doctrinal errors of the bishop of Antioch, and discusses more broadly the role of teachers called to help lay Christians understand and interpret Scripture properly. This present article offers a first edition of the Latin text from Calvin’s handwritten manuscript (since the 1870 edition, the only one still in existence), as well as the very first translation into French. The whole is preceded by an Introduction recalling the context behind Calvin’s reasons for writing this document, as well as the actual condition of the manuscript. Finally, a historical, literary and theological Commentary follows, detailing Calvin's relationship with Chrysostom, exegesis and pastoral ministry: one discovers the figure of a Reformer still in the making, but whose authority already firmly established.


Résumé

En 1538, tandis qu’il est sans doute dans sa retraite solitaire à Bâle, Jean Calvin entreprend un travail jusqu’alors sans précédent : traduire en français plusieurs homélies complètes de Jean Chrysostome, à destination des chrétiens laïcs qui ne savent pas le grec. De ce projet, il ne subsiste aujourd’hui que le brouillon de la Préface. Calvin y détaille les motivations de son entreprise : il explique pourquoi il préfère Chrysostome aux autres Pères de l’Église, met en garde ses lecteurs contre ce qu’il considère comme des erreurs doctrinales de l’évêque d’Antioche, et disserte plus largement sur le rôle des enseignants chargés d’aider les laïcs chrétiens à bien comprendre et interpréter l’Écriture. Le présent article propose la première édition de ce texte latin d’après le manuscrit autographe (depuis l’édition de 1870, la seule qui existait jusque-là), ainsi que la toute première traduction en langue française. L’ensemble est précédé d’une Introduction qui rappelle le contexte d’écriture de ce document, et l’état du manuscrit. Suit enfin un Commentaire à la fois historique, littéraire et théologique, qui détaille les rapports qu’entretient Calvin avec Chrysostome, l’exégèse et la pastorale : on y découvre la figure d’un Réformateur encore en devenir, mais à l’autorité déjà solidement affirmée.

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UN MANUSCRIT DES PROPOS MÉMORABLES DE GILLES CORROZET À SAINT-LOUIS DES FRANÇAIS

Marie-Elisabeth Boutroue

Summary

The library of Saint-Louis-des-Français, in Rome, keeps many manuscripts from the library of the Minimes of the royal convent of Trinité-des-Monts. Among these witnesses, a curious 17th century manuscript preserves the revised and reordered text of Gilles Corrozet's Propos mémorables, retranslated into French from an earlier version, probably in Latin which had itself been translated from French. . This witness participates in the reception of Corrozet's text, long after its first publication and attests to its interest from a moral and, maybe, educational perspective.


Résumé

La bibliothèque de Saint-Louis-des-Français, à Rome, conserve dans son fonds ancien de nombreux témoins manuscrits qui proviennent de l’ancienne bibliothèque des Minimes du couvent royal de la Trinité-des-Monts. Parmi ces témoins, un curieux manuscrit du XVIIe siècle conserve le texte révisé et remis en ordre des Propos mémorables de Gilles Corrozet, retraduit vers le français à partir d’une version antérieure, probablement en latin, laquelle avait été elle-même traduite du français. Ce témoin participe de la réception du texte de Corrozet, bien longtemps après sa première publication et atteste de son intérêt dans une perspective morale et, sans doute, pédagogique.



Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXIII, n°2

« Holy Images on the move: reconsidering the Great Bible Illustrators (1529-1745) »

F. DUPUIGRENET DESROUSSILLES

Summary

The illustration of the first authorized English Bibles, from the Great Bible to the King James Version, received much less scholarly attention than their text, except when studied during the last twenty years as exhibits for a global “reconsideration” of the role of images in the English Reformation. This article proposes to “reconsider the reconsideration” by examining very closely the iconographic source of the Great Bible of 1539, whose printing was interrupted in Paris by an intervention of the Inquisition and had to be finished in London. Whereas bibliographic tradition erroneously identifies this source as the picture Bible printed in 1538 in Lyon by the Trechsel brothers that reproduced a series of drawings by Hans Holbein, the author demonstrates that an extremely rare Parisian edition of 1538 presents in fact the first printing of most of the woodblocks of the Great Bible. This allows him to clarify the context and the meaning of an iconographic cycle elaborated at a very specific moment in the religious policies of Henry VIII and Francis I, as well as a very specific moment in the circulation of printed books between France and England. Another novelty of the article is to have pursued the inquiry long after the first editions of the first Authorized Bible printed for the reformed Church of England, and shown that from a set of woodblocks that remained in Paris after 1539 new printings and copies were regularly used until the middle years of the 18th century to illustrate Catholic picture Bibles in the popular series known as “Bibliothèque bleue”.


Résumé

L’illustration des premières bibles imprimées anglaises à être autorisées par le pouvoir royal, de la Great Bible à la King James Version, a été assez peu étudiée, en tout cas par rapport à la masse des travaux consacrés à leur texte, si ce n’est, au cours des vingt dernières années, dans le cadre d’une « reconsidération » globale de la place des images dans la Réforme anglaise. Cet article propose de « reconsidérer la reconsidération » en reprenant à la base l’enquête sur les sources iconographiques de la Great Bible de 1539 dont l’impression, commencée à Paris, dut être achevée à Londres à la suite d’une intervention de l’Inquisition parisienne. Toute la tradition bibliographique invite à chercher ces sources du côté des figures de la Bible imprimées à Lyon en 1538 par les frères Trechsel d’après les dessins de Holbein. L’auteur établit qu’une rarissime édition parisienne des figures de la Bible, datée de 1538 également, présente une première impression de la plupart des bois de la Great Bible, ce qui l’amène à préciser le contexte et la signification d’un cycle iconographique élaboré dans un moment très particulier de la politique religieuse de Henri VIII et de François Ier, comme des relations entre l’Angleterre et le continent en matière de circulation livresque. Une seconde originalité de l’article est de poursuivre l’enquête très au-delà des premières éditions de la Great Bible et de montrer qu’à partir d’une série de bois restés à Paris après 1539 remplois et copies ont donné aux illustrations de la première bible « anglicane » une longue postérité catholique dans la France des XVIIe et XVIIIe siècles, jusqu’aux Figures de la Bible de la populaire « Bibliothèque bleue ».

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« L’épithétaire personnel du notaire romain Jacob Apozeller (1484-1550) »

N. ISTASSE

Summary

The Ottob. lat. 2191 manuscript in the Vatican Library contains a collection of epithets made for—rather than by—the Roman notary Jacob Apozeller (1484-1550). Quite distinct in form and content from the famous Epitheta of Ravisius Textor (1518 and 1524), the reference to which it is compared in this article, this document consists of 1'200 columns of epithets arranged under their alphabetical entries (from the letter I to S and the very beginning of T) and accompanied only by a leaf number. On examination, it turns out that the collection is based on twenty-one ancient Latin sources contained in seventeen volumes belonging to the notary or made available to him. The author also examines the material aspects, the intellectual production and the history of this manuscript document.


Résumé

Le manuscrit Ottob. lat. 2191 conservé à la Bibliothèque Vaticane contient un épithétaire réalisé pour – plutôt que par – le notaire romain Jacob Apozeller (1484-1550). Bien distinct sur le fond et la forme des célèbres Epitheta de Ravisius Textor (1518 et 1524), référence à laquelle il est comparé dans le présent article, ce document consiste en 1'200 colonnes d’épithètes rangées sous leurs entrées alphabétiques (de la lettre I à S et au tout début de T) et accompagnées seulement d’un numéro de feuillet. À l’examen, il s’avère que le recueil s’appuie sur vingt et une sources latines antiques contenues dans dix-sept volumes appartenant au notaire ou mis à sa disposition. L’auteur étudie également les aspects matériels, la fabrication intellectuelle et l’histoire de ce document manuscrit.

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« “Questo Discorso… fu fatto in lingua italiana”. Multilinguism in the Satyre Menippée »

I. A. R. DE SMET

Summary

A contemporary Italian manuscript translation (Johns Hopkins Sheridan Libraries, Milton S. Eisenhower Library, Special Collections, MSB 135) lends a new perspective on the early reception of the Satyre Menippée (1593/94), one of the most notorious pamphlets of the French Wars of Religion (1562-1598), which is itself presented as a French translation from an intercepted Italian manuscript. This article offers a detailed analysis of the ways in which the anonymous, Italian “Satira Menippea” handles the multilingual aspects of its source text and the trope of the pseudo-translation, in comparison with the printed English translation of 1595. Unlike the adaptive approach of the latter, the more sober, functional character of the Italian translation and its preservation of any Latin passages suggest that this handwritten version was probably not intended for publication. It is argued, instead, that the “Satira menippea” was associated with the foreign intelligence gathering on le cose di Francia for the benefit of an Italian city state such as Venice or Florence, or the Papacy in Rome.


Résumé

Une traduction manuscrite italienne contemporaine (Johns Hopkins Sheridan Libraries, Milton S. Eisenhower Library, Special Collections, MSB 135) de la Satyre Menippée (1593/94) illumine la première circulation de ce pamphlet, l’un des libelles les plus notoires des guerres de Religion (1562-1598). Cette satire sur les États-généraux de 1593 est d’ailleurs elle-même présentée comme une traduction française d’un manuscrit italien intercepté. Cet article propose une analyse détaillée de la manière dont la « Satira Menippea » traite le plurilinguisme du texte original, y compris son caractère de pseudo-traduction, moyennant une comparaison étroite avec la traduction anglaise publiée en 1595. Contrairement à l’approche plus adaptative du traducteur anglais, le caractère restreint et fonctionnel de la traduction italienne – témoin la préservation de tout passage latin – suggère que cette version n’était probablement pas destinée à la publication. On soutient, en revanche, que la « Satira menippea », dont le traducteur reste encore celé sous l’anonymat, fut plutôt associée à la circulation de rapports diplomatiques et d’avvisi, c’est-à-dire, à la collecte de renseignements sur le cose di Francia, au profit d’une cité italienne telle Venise ou Florence, ou de la Papauté.

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« Un manuscrit inconnu de La Servitude volontaire »

J. O’BRIEN

Summary

Dating from the 17th century and now preserved in the library of the Cour de cassation, a hitherto unknown manuscript of La Boétie’s La Servitude volontaire is linked to the tradition of Goulart’s Memoires de l’estat de France, but is distinguished from it by a whole series of changes which the article investigates. The new manuscript has a twofold historical context: first and foremost, the debate over the régale, but also the parliamentary Fronde. From that standpoint, this discovery also illuminates Séguier’s copy of La Boétie’s treatise.


Résumé

Datant du XVIIe siècle et conservé aujourd’hui à la bibliothèque de la Cour de cassation, un manuscrit jusqu’ici inconnu de La Servitude volontaire de La Boétie est lié à la tradition textuelle des Mémoires de l’estat de France de Goulart, mais s’en distingue par toute une série de modifications dont l’article fait état. Le nouveau manuscrit s’inscrit dans un double contexte historique : celui, primordialement, du débat sur la régale, mais aussi celui de la Fronde parlementaire. De ce point de vue, cette découverte éclaire également la copie du traité de La Boétie ayant appartenu à Séguier.

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« Une nouvelle édition de Charles de Sainte-Marthe : le Pro Archia de Cicéron (Lyon, 1540) et sa préface à Maurice Scève »

G. BERTHON ET J.-CH. MONFERRAN

Summary

The edition of Cicero’s Pro Archia provided by Charles de Sainte-Marthe and published in Lyon in 1540 by Pierre de Sainte-Lucie has remained unknown so far. The article describes the edition and recalls its pedagogical context, through Sainte-Marthe’s teaching at the Collège de la Trinité in Lyon, and its humanist context, in the wake of Melanchthon’s analysis of the Pro Archia. It ends with the transcription and translation of the paratext of the edition, which includes a Latin epigram by Jean Tegulanus of Rouen and an epistle by Sainte-Marthe to Maurice Scève providing some information on the two men’s friendship in 1540.


Résumé

L’édition du Pro Archia de Cicéron procurée par Charles de Sainte-Marthe et publiée à Lyon en 1540 chez le libraire Pierre de Sainte-Lucie est restée jusqu’ici inconnue. L’article décrit l’édition en la situant dans son contexte pédagogique, lié à l’enseignement de Sainte-Marthe au collège de la Trinité à Lyon, et humaniste, dans le sillage de l’analyse du Pro Archia par Melanchthon. Il s’achève par la transcription et la traduction du paratexte de l’édition qui comprend une épigramme latine de Jean Tegulanus de Rouen et une épître de Sainte-Marthe à Maurice Scève fournissant quelques indications sur l’amitié des deux hommes en 1540.

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« Un tyran exemplaire : lecteurs et traducteurs des Lettres de Pseudo-Phalaris au Quattrocento »

S. LONGO

Summary

The Letters of Pseudo-Phalaris were surprisingly successful in the Italian Quattrocento in their Latin and Italian translations. The study of the editions, the introductory pieces, the marginalia and some manuscripts allows us to better understand the translational and educational practices, the emergence of an epistolary stylistics in the Italian vernacular and to identify a non-scholarly and philological approach to Greek Antiquity.


Résumé

Les Lettres de Pseudo-Phalaris connurent un étonnant succès au Quattrocento italien dans leurs traductions latine et italienne. L’étude des éditions, des pièces liminaires, des marginalia et de quelques manuscrits permet de mieux comprendre les pratiques traductives et éducatives, l’émergence d’une stylistique épistolaire en vernaculaire italien et de cerner une approche non érudite et philologique de l’Antiquité grecque.

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« Le “Gardy” d’Alain Dufour »

A. BOURGAUX

Summary

In 1960, Frédéric Gardy published his Bibliographie des œuvres théologiques, littéraires, historiques et juridiques de Théodore de Bèze. In the course of his studies on the reformer, Alain Dufour annotated his personal copy of this work, kept in the Musée historique de la Réformation in Geneva. This paper intends to highlight the relevance of these annotations for anyone interested in Beza’s works.


Résumé

En 1960 a paru la Bibliographie des œuvres théologiques, littéraires, historiques et juridiques de Théodore de Bèze de Frédéric Gardy. Au fil de ses recherches sur le réformateur, Alain Dufour a entrepris d’en annoter un exemplaire, conservé au Musée historique de la Réformation à Genève. Cette notule entend mettre en lumière l’intérêt de ces annotations pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Théodore de Bèze.



Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXIII, n°1

Un cas de manipulation marchande : le Portrait d’homme au chaperon vert

CONSTANTIN FAVRE

Summary

The present article focuses on a fragment from a XVe century painting recently sold at auction in Paris as “School of Burgundy from the middle of the XVe century”. An old photograph of the painting deposited in the Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie in The Hague allows us to establish its original state, trace its pedigree and evaluate its identity..


Résumé

Le présent article se concentre sur un fragment d’un panneau peint du XVe siècle récemment passé sur le marché des enchères parisiennes comme « École bourguignonne du milieu du XVe siècle ». Une ancienne photographie du panneau, déposée au Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie de la Haye, nous permet de restituer son aspect original, de retracer sa provenance et de réévaluer son identité.

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Charles Fontaine parisien : une enfance à l’ombre de Notre-Dame (sur quelques documents d’archives récemment exhumés)

ÉLISE RAJCHENBACH

Summary

The first in-depth work on Charles Fontaine based on recently exhumed archival documents, the article renews the biography of Charles Fontaine in his early years, the knowledge of his family and his environment, and confronts historical sources and the poetic confidences of the author. After presenting the inventory after the death of the parents of young Fontaine, the article reveals the close links of his maternal family, the Dugués, with parliamentary circles, with the literary world and with music, outlining thus what Neil Kenny calls a "literary family".


Résumé

Premier travail approfondi sur Charles Fontaine se fondant sur des documents d’archives récemment exhumés, l’article renouvelle la biographie de Charles Fontaine dans ses premières années, la connaissance de sa famille ainsi que de son milieu, et confronte sources historiques et confidences poétiques de l’auteur. Après avoir présenté l’inventaire après décès des parents du jeune Fontaine, l’article révèle les liens étroits de sa famille maternelle, les Dugué, avec les milieux parlementaires, avec le monde littéraire et celui de la musique, dessinant ainsi les contours de ce que Neil Kenny nomme une « literary family ».

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La biblioteca grecolatina conservada de Sebastián de León, secretario de Juan Ginés de Sepúlveda y Antonio Agustín

JULIAN SOLANA PUJALTE

Summary

In this work we study the conserved books of Sebastián de León, secretary of Juan Ginés de Sepúlveda and Antonio Agustín: their bibliographic description, subjects (mostly grammars, dictionaries and texts by Greek authors), reading procedures that are reflected in them, printings and prices; highlighting the uniqueness of this collection within the panorama of XVIth century Spanish private libraries.


Résumé

Estudiamos en este trabajo los libros conservados de Sebastián de León, secretario de Juan Ginés de Sepúlveda y Antonio Agustín : su descripción bibliográfica, materias (en su mayoría gramáticas, diccionarios y textos de autores griegos), procedimientos de lectura que se reflejan en ellos, imprentas y precios ; poniendo de relieve la singularidad de esta colección dentro del panorama de las bibliotecas particulares españolas del siglo XVI.

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Sous le signe de Scaevola : deux poèmes inédits de Jacques de Vintimille sur Maurice Scève

ELIZAVETA LYULEKINA ET MICHEL LOCATELLI

Summary

This article explores the meaning and significance of the two Latin epigrams dedicated to “Mauricio Scaeve” and “A. Scaevae” that were found in an unpublished manuscript of the National Library of France (n° 8164) attributed to Jacques de Vintimille.


Résumé

Cet article étudie les jeux et enjeux de significations des deux poèmes latins dédiés l’un à « Mauricio Scaeve » et l’autre « A. Scaevae » qui figurent dans un manuscrit inédit de la Bibliothèque nationale de France (n° 8164), attribué à Jacques de Vintimille.

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Siméon-Guillaume de La Roque et son association avec Abel L’Angelier (1593-1599)

FRANÇOIS ROUGET

Summary

Like many minor poets in XVIth-century France, Siméon-Guillaume de La Roque (1551?-1611?) has been forgotten or perhaps ignored by critics. However, in its time, his love poetry imitating Ronsard and Desportes was popular at the Court. This article examines the unknown 1593 edition of Angelique. Continuation d’Arioste (1593), and describes the Secondes amours (1599), two books that have been published by the prolific editor Abel L’Angelier in Paris. This study sheds light on the relationships between the poet and his publisher, as well as the role played by La Roque in the publication of his books.


Résumé

Comme pour bon nombre de poètes français mineurs du XVIe siècle, le nom de Siméon-Guillaume de La Roque (1551?-1611?) a été oublié ou ignoré de la critique. Pourtant, son œuvre inspirée de la poésie de Ronsard et de Desportes fut appréciée à la Cour. Le présent article révèle l’existence d’une édition inconnue d’Angelique. Continuation d’Arioste (1593), et décrit l’édition des Secondes amours (1599), deux ouvrages sortis des presses du libraire parisien Abel L’Angelier. Cette étude éclaire les relations entre le poète et son éditeur, ainsi que la stratégie éditoriale de La Roque.

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JEAN CALVIN, HUIT SERMONS : AN UNKNOWN COLLECTION OF SERMONS (1557)

ERIK A. DE BOER

Summary

A collection of sermons by John Calvin, which has not been described in the Bibliotheca Calviniana, has been located by Andrew Pettegree and is now presented bibliographically and historically. The volume Huit sermons was published by Antoine Cercia, printer in Geneva and Lyon, in 1557. The Quatre sermons of 1552, edited by Calvin himself, and two sermons on 1 Timothy 2 had already been brought together as Six sermons (1555). Cercia topped this collection of sermons by adding the very first publication of sermons by Calvin, the Deux sermons of 1546, to the six, thus bringing a total of Huit sermons on the market. The volume, all prefaced by Calvin’s initial introduction of his anti-nicodemite sermons, was probalby intended for the market in France.

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Giovanni Capassini et Etienne de Martellange : portraitistes de la vallée du Rhône

CAMILLE LARRAZ ET RAFAËL VILLA

Summary

Less famous than his compatriots Andrea del Sarto and Rosso Fiorentino, the painter Giovanni Capassini is among the Florentine artists who settle in France under Francis I. As the official painter of Cardinal François de Tournon, he is notably responsible for the Triptych of the Resurrection commissioned in 1555 by the latter. Etienne de Martellange, son of a glass painter active in Valence, seems to have joined his workshop in Lyon around 1560. Several signed or recently attributed portraits illustrate their interest for the model of Corneille de Lyon. Based on the identification of repeatedly used matrices, we propose to give them unpublished portraits from approximately the years 1540 to 1575, while evoking their links with contemporary Flemish production.


Résumé

Moins célèbre que ses compatriotes Andrea del Sarto et Rosso Fiorentino, le peintre Giovanni Capassini fait partie des artistes florentins installés en France sous François Ier. Peintre attitré du cardinal François de Tournon, on lui doit notamment le Triptyque de la Résurrection commandé par ce dernier en 1555. Etienne de Martellange, fils d’un peintre-verrier actif à Valence, semble avoir rejoint son atelier lyonnais autour de 1560. Plusieurs portraits signés ou récemment attribués illustrent leur intérêt pour le modèle de Corneille de Lyon. Sur la base d’identification de matrices utilisées de manière répétitive, nous proposons de leur attribuer des portraits inédits des années 1540 à 1575 environ, tout en évoquant leurs liens avec la production flamande contemporaine.



Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXII, n°3

Le recueil Grenet : collection poétique, pratiques littéraires et réseaux culturels (Genève, XVIe siècle)

GUILLAUME BERTHON et ESTELLE DOUDET

Résumé

Le recueil Grenet (Lausanne, BCUL, M 1016) est un manuscrit poétique personnel compilé au milieu du XVIe siècle par un marchand auvergnat réfugié à Genève. La collection rassemble des textes célèbres ou rares de Marot, des pièces sur l’apprentissage de l’écriture et des poésies satiriques et militantes en faveur de la Réforme. Cette étude propose la première analyse complète de la conception matérielle et intellectuelle du livre, ainsi qu’une interprétation stylistique et littéraire des textes recueillis, afin d’examiner les enjeux socio-culturels du geste collectionneur chez un lecteur du XVIe siècle.


Summary

The Grenet Collection (Lausanne, BCUL, M1016) is a personal anthology of French poetry copied by a merchant from Auvergne exiled in Geneva in the mid-16th century. The manuscript collects a large range of famous or rare poems by Clément Marot, some texts reflecting on learning how to write, and satirical and polemical poems defending the Reformation. This survey is the first comprehensive study of the book’s material and intellectual shaping and of its stylistic and literary specificities. It aims to address the socio-cultural issues raised by the collecting of poetry for Early Modern ordinary readers.

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La curée contre le chancelier Guillaume Poyet (1542-1545) : Clément Marot et les coq-à-l’âne

GUILLAUME BERTHON

Résumé

L’article montre l’important écho dans la littérature satirique (épigrammes et coq-à-l’âne) qu’eurent la destitution spectaculaire du chancelier Poyet (août 1542) et son procès (1544-1545). Le rappel des données historiques et le retour aux sources manuscrites, parfois éditées avec des erreurs de transcription qui en empêchent la compréhension, permettent d’élucider plusieurs passages considérés comme obscurs et de rendre à Clément Marot un dizain dont l’attribution était jusqu’ici repoussée.


Abstract

The article focuses on the important echo that the spectacular dismissal of Chancellor Poyet (August 1542) and his trial (1544-1545) had in the satirical literature (epigrams and coq-à-l’âne). Recalling historical data and returning to handwritten sources, sometimes edited with transcription errors which prevented their correct understanding, enables the elucidation of several passages considered as obscure and renders to Clément Marot a dizain whose attribution was until now refused.

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Edition critique et commentée du Balladin de Clément Marot

DANIEL FLIEGE

Résumé

Le Balladin est le dernier poème composé par Clément Marot vers la fin de sa vie et est resté inachevé. Les éditions modernes de ce texte (de C. A. Mayer, G. Defaux et F. Rigolot) se basent sur l’édition imprimée en 1596 par Thomas Portau et contiennent des erreurs. En 2011, G. Berthon a publié pour la première fois une édition critique du Balladin avec un apparat critique basée sur des éditions imprimées des années 1540. La contribution présente étudie une version ultérieure du Balladin découverte dans un manuscrit de la Bibliothèque Vaticane (Pal. Lat. 1984), jusqu’ici inconnue par la critique, et prend en considération un manuscrit composé par le chirurgien du roi François Rasse des Neux (BnF, fr. 22563) que la critique a jusqu’à présent ignoré. La contribution résume la transmission du Balladin, donne une interprétation du texte et l’édite avec des commentaires et des variantes sur la base du manuscrit vaticane.


Abstract

The Balladin is the last poem composed by Clément Marot towards the end of his life and remained unfinished. The modern editions of this text (by C. A. Mayer, G. Defaux and F. Rigolot) are based on the edition printed in 1596 by Thomas Portau and contain errors. In 2011, G. Berthon published for the first time a critical edition of the Balladin with a critical apparatus based on printed editions from the 1540’s. The present contribution studies another version of the Balladin discovered in a manuscript in the Vatican Library (Pal. Lat. 1984), hitherto unknown to researchers, and takes into consideration a manuscript composed by the King’s surgeon François Rasse des Neux (BnF, fr. 22563) which the research have ignored so far. The contribution summarises the transmission of the Balladin, gives an interpretation of the text and edits it with comments and variants on the basis of the Vatican manuscript.

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Marc-Antoine Muret et les Lettres à Lucilius de Sénèque

L. CLAIRE

Résumé

En 1585 (ou 1586), paraît à Rome un volume posthume préparé par Marc-Antoine Muret rassemblant les œuvres complètes de Sénèque le philosophe, assorties de Notae. Les Lettres à Lucilius y sont l’œuvre la plus commentée par Muret. L’article se propose de dégager la pluralité d’enjeux de ce commentaire, en suivant un parcours en trois étapes thématiques, qui occupent une importance croissante dans les Notae : le style de Sénèque, la critique textuelle et les enjeux philosophiques. On verra ainsi que les Notae aux Lettres à Lucilius témoignent des évolutions personnelles et spirituelles de leur auteur : bien que, au début de sa carrière, le critère stylistique ait retenu l’intérêt de Muret, les préoccupations de cette nature sont moins vives dans les Notae, qui ressortissent aux dernières années de sa vie. Muret y manifeste un désir affirmé de rénovation du texte de Sénèque et s’attache à mesurer la conformité du philosophe avec la pensée chrétienne, sans toutefois désavouer complètement la culture humaniste.


Abstract

In 1585 (or 1586), a posthumous volume prepared by Marc-Antoine Muret was published in Rome, bringing together the complete works of the philosopher Seneca, accompanied by Notae. Seneca’s Letters to Lucilius are the work most commented on by Muret. This article aims to identify the various issues of Muret’s commentary, following a thematic path in three-steps: Seneca's style, textual criticism, and philosophical issues, which grow in importance in the Notae. We thus see that Muret’s Notae to Letters to Lucilius bear witness to their author’s personal and spiritual evolution. Although, at the beginning of his career, stylistic criteria held Muret's interest, concerns of this nature are less acute in the Notae, which emerge in the last years of his life. There, Muret expresses an assertive desire to renovate Seneca's text, and strives to measure the philosopher's conformity with Christian thought, without, however, completely disavowing humanist culture.

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Lazy but cruel: oriental stereotypes in petrus nannius’ Declamatio de bello Turcis inferendo

MARTIJN JASPERS

Abstract

In his Declamatio de bello Turcis inferendo (Louvain: Rutger Rescius, 1536), Petrus Nannius wanted to show that a war on the Turks was ethically justified, necessary and easy to win. In this article, I examine Nannius’ remarks on Islamic and Oriental people. I conclude that the humanist manipulated two different, seemingly contradictory stereotypes of the Turks in his argumentation: the Turks were debauched, lazy, ferocious and cruel at the same time. By stressing the image of the violent Turk, Nannius aimed to prove that a war against the Turks was a bellum iustum, a ‘just war’. The depiction of the lazy Turk served to calm the general public. There was no need to fear the Turks: a victory was close at hand.

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Le vol de l’image d’argent. Enquête sur un délit commis dans le cymbalum mundi

ALAIN MOTHU

Résumé

Au premier dialogue du Cymbalum mundi, Mercure pénètre dans une auberge, mais il quitte bientôt sa table pour aller dérober un « petit ymage d’argent » qu’il souhaite offrir à son « cousin Ganymède ». Le mobile invraisemblable, l’objet mystérieux, le lieu énigmatique et les circonstances obscures de ce larcin nous portent à ouvrir l’enquête à son sujet.


Abstract

In the first dialogue of the Cymbalum mundi, Mercury enters an inn, but soon leaves his table to go and steal a « little silver image » that he wishes to offer to his « cousin Ganymede ». The implausible motive, the mysterious object, place and circumstances of this robbery, all lead us to open an investigation into it.

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Un manuscrit genevois inconnu : le missel de Jean de Montchenu

MIREIA CASTAÑO

Résumé

Conservé à Paris (Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 619), un missel issu de la commande de Jean IV de Montchenu (1442-1506) constitue un témoin précieux de la production artistique genevoise pendant la seconde moitié du XVe siècle. Réalisé entre 1465 et 1468, le missel est richement décoré d’une peinture en pleine page due à un enlumineur genevois et trente-quatre lettrines historiées, que nous attribuons au Maître du Missel Bonivard. Ces deux enlumineurs locaux interprètent de manière simplifiée le modèle des artistes attachés à la cour de Savoie, illustrant particulièrement bien la continuité du lien culturel entre Genève et la cour à cette époque.


Abstract

Preserved in Paris (Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 619), a missal commissioned by Jean IV of Montchenu (1442–1506) is a precious witness to Geneva’s artistic production during the second half of the 15th century. Made between 1465 and 1468, the missal is lavishly decorated with a full-page painting by a Genevan illuminator and thirty-four historiated initials, which we attribute to the Master of the Bonivard Missal. These two local illuminators interpret in a simplified way the model of the artists attached to the court of Savoy, illustrating particularly well the cultural continuity between Geneva and the court at that time.

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Echi estensi a Berlino. Un Libro d’Ore di Tommaso da Modena alla Staatsbibliothek

DANIELE GUERNELLI

L’articolo presenta un nuovo manoscritto miniato di Tommaso di Cesare da Basso da Modena, uno degli artisti che lavorarono tra Ferrara e Bologna nel Rinascimento. Attivo tra circa il 1480 ed il primo decennio del nuovo secolo, seguì il tipico stile della scuola ferrarese, collaborando con miniatori quali Matteo da Milano e Giovanni Battista Cavalletto. Il manoscritto è un Libro d’Ore adesso alla Staatsbibliothek di Berlino (ms. theol. Lat. Oct. 79), ed è databile al 1500 circa. Sfortunatamente la sua araldica venne cancellata. L’articolo segnala inoltre un altro Libro d’Ore attribuibile all’artista, tradizionalmente ritenuto di Eleonora d’Aragona, duchessa di Ferrara (1473-1493), e ora al Museo Calouste Gulbenkian di Lisbona (ms. L.A. 146).


Abstract

The article present a new illuminated manuscript of Tommaso di Cesare da Basso da Modena, one of the artists who worked between Ferrara and Bologna in the Renaissance. Active from the early 1480 to the first decade of the new Century, he followed the style typical of the Ferrarese school, collaborating with illuminators like Matteo da Milano and Giovanni Battista Cavalletto. The manuscript is a Book of Hours now in the Staatsbibliothek of Berlin (ms. theol. Lat. Oct. 79), and can be dates around 1500. Unfortunately the coat of arms has been erased. The article also points out another Book of Hours attributable to the artist, traditionally thought of Eleonora d’Aragona, Dukess of Ferrara (1473-1493), and now in the Calouste Gulbenkian Museum of Lisbon (ms. L.A. 146).



Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXII, n°2

Bonas litteras [juris] studiis admiscere (Érasme). Les débuts de l’humanisme à Orléans

D. BJAÏ

Résumé

Si l’université de lois d’Orléans, fondée en 1306 par le pape Clément V, connut d’abord une période florissante, la qualité de son enseignement avait nettement décliné un siècle et demi plus tard, en raison de la préférence accordée à la glose sur les textes mêmes du Code. C’est le renouveau humaniste qui y insuffla une nouvelle vie, grâce aux illustres visiteurs qui se succédèrent sur les bords de Loire à la fin du XVe siècle et au début du suivant : sinon Budé, étudiant alors peu assidu, du moins l’Allemand Reuchlin, le Hollandais Érasme (dont le premier séjour orléanais de l’automne 1500 est ici examiné) et l’Italien Aléandre, venu enseigner le grec en 1510-1511 à l’invitation du recteur Jean-Pyrrhus d’Angleberme. Il en résultera la constitution d’un véritable sodalitium Aurelianense, autour de D’Angleberme lui-même, de Deloynes, l’intime de Budé, et surtout de Nicolas Bérauld.


Summary

The law school of Orléans, founded in 1306 by Pope Clement V, was first flourishing but the quality of its academic teaching had considerably declined a century and a half later, when the gloss was prefered to the legal text itself. The humanistic revival gave it a new life, thanks to the famous visitors who followed each other in the Loire Valley at the end of the XVth century and at the beginnning of the XVIth : if not Budé himself, then a rather low-performing student, at least the German Reuchlin, the Dutch Erasmus (whose first stay in Orléans, at the autumn of 1500, is here extensively studied) and the Italian Aleandro, recruited in 1510-1511 as a Greek teacher by the chancellor of the University, Jean-Pyrrhus d’Angleberme. As a result a genuine sodalitium Aurelianense will be formed, gathering D’Angleberme himself, Deloynes, a close friend of Budé, and first of all Nicolas Bérauld.

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Deux volets de 1515 et une piste parisienne

F. ELSIG

Résumé

L’article met en relation deux mystérieux volets des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (inv. 596a-b) avec trois fragments du Musée national de la Renaissance d’Ecouen (ECL 12817a-c), datés de 1515 et qui appartiennent au même retable. Sur cette base, il propose de les considérer parmi les rares vestiges de la peinture produite à Paris et de les attribuer à un peintre parisien travaillant en partie d’après les inventions du sculpteur et peintre de Modène, Giulio Mazzoni, actif en France de 1495 à 1516.


Summary

The paper relates two mysterious painted shutters from the Brussels Royal Museums of Fine Arts (inv. 596a-b) with three fragments from the Ecouen National Museum of Renaissance (ECL 12817a-c), dated 1515 and which belong to the same altarpiece. On this basis, it proposes to consider them among the rare vestiges of painting produced in Paris and to attribute them to a Parisian painter working in part after inventions by the Modena sculptor and painter Giulio Mazzoni, active in France from 1495 to 1516.

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François Ier et l’Imprimerie royale : une occasion manquée ?

R. Jimenes

Résumé

À travers une relecture des documents relatifs à l’histoire du collège royal et à l’activité des libraires parisiens, cet article propose d’attribuer à Jean de Gagny un rôle dans la commande des « Grecs du Roi » et dans la création d’une imprimerie destinée au futur collège royal. Différents indices tendent à montrer que Claude Garamont et son beau-frère Pierre Gaultier ont probablement été recrutés pour établir cette imprimerie à l’hôtel de Nesle, à l’emplacement même du futur collège, dans le courant de l’année 1541. À travers l’analyse des réseaux d’amitié et de collaboration entretenus par Garamont en 1545-1546, on montre que cette hypothèse est susceptible d’apporter un éclairage sur un certain nombre de points intrigants de l’histoire éditoriale parisienne : le choix de Pierre Gaultier pour l’impression de la Chirurgia de Guido Guidi (1544), l’étonnante carrière de Jean Barbé ou l’impression par Cyaneus du Songe de Poliphile (1546).


Summary

This paper suggests that Jean de Gagny may have been involved in the production of the famous greek types called « les Grecs du Roi » and that he may have created a printing house for the future Royal College in Paris. Claude Garamont and his brother-in-law Pierre Gaultier seem to have been recruited to establish this workshop in the Hôtel de Nesle in 1541. The study of Garamont’s personal network shows that this forgotten project may be a key to understand some intriguing editorial events of the 1540s : the publication of Guido Guidi’s Chirurgia by Pierre Gaultier (1544), the printing of the Songe de Poliphile (Hypnerotomachia poliphili, 1546) by Louis Cyaneus or the publishing activities of Jean Barbé and Robert Estienne.

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La dernière bibliothèque de Nicolas Bérauld. Livres et sociabilités lettrées dans les années 1530

O. PÉDEFLOUS

Résumé

L’article s’attache à reconstituer le profil de la dernière bibliothèque de l’Orléanais Nicolas Bérauld dont peu de livres avaient été inventoriés. Plus largement il s’agit d’étudier la circulation des livres et les sociabilités lettrés dans la France des années 1530. L’enquête est aussi l’occasion de revoir sur nouveaux frais la question du Jehan Lunel qui figure sur l’édition du Pantagruel imprimé par François Juste à Lyon en 1533 et de montrer que cela s’insère dans des recherches très circonstanciées autour d’Aulu Gelle.


Summary

The article attempts to portray the last library of Orleans born humanist Nicolas Bérauld, of which few books had been inventoried. More broadly, the paper studies the circulation of books and the literate sociability in France during the 1530s. The survey is also the opportunity to reassess the issue of Jehan Lunel which appears on the edition of the Pantagruel printed by François Juste in Lyon in 1533 and to show that it fits into very detailed research around Gellius.

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Nicole Le Jouvre,un poète en Berry

É. RAJCHENBACH

Résumé

Correspondant de François Habert et de Charles Fontaine, Nicole Le Jouvre (mort avant 1549) demeure un auteur méconnu, dont l’œuvre ne nous est parvenue que par bribes. La découverte de sa signature dans un manuscrit constitué à la demande de Jacques Thiboust, seigneur de Quantilly, permet de compléter sa biographie ainsi que d’enrichir son corpus connu, qui est essentiellement constitué de pièces éphémères, typiques d’une large partie de la poésie du XVIe siècle.


Summary

Correspondent of François Habert and Charles Fontaine, Nicole Le Jouvre (died before 1549) remains an unknown author, whose work has only reached us in fragments. The discovery of his signature in a manuscript written at the request of Jacques Thiboust, Lord of Quantilly, completes his biography and enriches his known corpus, which is essentially made up of ephemeral pieces, typical of a large part of 16th century poetry.

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De nouvelles épitaphes infamantes contre Gaspard de Coligny par Bolsec et d’autres

C. LASTRAIOLI

Résumé

Ces quelques notes portent sur une feuille volante qui a circulé au lendemain de l’assassinat de l’amiral Gaspard de Coligny. Rédigée par plusieurs auteurs, dont l’ex-carme Jérôme Bolsec, l’affiche collecte des épitaphes infamantes en latin et en français contre le chef de file des huguenots. Cette pièce figure dans un recueil de seize opuscules très rares – dont on fournit des descriptions bibliographiques succinctes –, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale et universitaire de Turin.


Summary

These few notes relate to a loose-leaf that circulated a few days after the assassination of Admiral Gaspard de Coligny. Written by several authors, including ex-Carmelite Jérôme Bolsec, the flyer collects slanderous epitaphs in Latin and French against the leader of the Huguenots. This flyer is part of a collection of sixteen very rare booklets - for which brief bibliographical descriptions are provided – now available at the National University Library in Turin.

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Une enluminure de Geoffroy Dumonstier sur un dessin de Jean Cousin

D. CORDELLIER et C. DECU TEODORESCU

Résumé

La carrière du peintre rouennais Geoffroy Dumonstier, actif pendant longtemps à Paris, était jusqu'à présent connue à partir d'une série d'estampes signées ainsi que de quelques enluminures et dessins attribués. L'article dévoile une enluminure inédite, à situer au début de la carrière de Geoffroy Dumonstier, qui interroge le corpus habituellement attribué au peintre. L'existence de son dessin préparatoire éclaire les mécanismes de la production artistique parisienne autour de Jean Cousin.


Summary

The career of the painter Geoffroy Dumonstier, native from Rouen and active in Paris, was until now known from a series of signed etchings and an attributed corpus of drawings and illuminations. The article reveals an unpublished illumination, to be located at the beginning of Dumonstier's career, and questions the corpus usually associated with his name. Its preparatory drawing allows to understand mechanisms of the Parisian art production around Jean Cousin.

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La forma textual de la primera edición hispana de las Comoediae Plauti (Alcalá de henares, 1517-1518)

I. VILLARROEL FERNANDEZ

Resumen

La edición de las Comoediae Plauti impresa por Arnao Guillén de Brocar en Alcalá de Henares entre 1517 y 1518 destaca por sus características dentro de la producción de clásicos latinos en suelo hispano durante los siglos XV y XVI. El objeto de este artículo es realizar un análisis de la forma textual de esta edición, con el fin de establecer su filiación mediante la colación y el examen de las variantes presentes en la tradición textual impresa de las comedias plautinas desde la editio princeps hasta la edición alcalaína, y descubrir las pautas seguidas en la elaboración de la edición complutense respecto a las lagunas textuales, la inclusión de supplementa, la puntuación y la utilización de ciertas variantes gráficas y fonéticas y del alfabeto griego.


Summary

The edition of the Comoediae Plauti printed by Arnao Guillén de Brocar in Alcalá de Henares between 1517 and 1518 stands out for its features within the production of classical Latin texts in Spain in the 15th and 16th centuries. This article focuses on the analysis of the textual form of this edition, in order to establish its filiation by the collatio of the textual tradition of Plautus’ comedies from the editio princeps to the Complutense edition. The paper also conducts an analysis of the criteria used in its elaboration regarding the textual gaps, the selection of supplementa, the punctuation and the use of some graphic and phonetic variants and the Greek alphabet.

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Note sur le médecin Pierre Pena et sa famille

J. DUPÈBE

Résumé

Cette note est une mise au point sur la famille Pena (ou Penon), connue par Jean, lecteur royal en mathématiques, et par son jeune frère, le médecin Pierre, dont la carrière fut brillante.


Summary

The aim of this note is to focus on the Pena (or Penon) family, famous thanks to Jean, royal lecturer in mathematics, and his youngest brother, le physician Pierre, whose career was brilliant.



Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance.
Tome LXXXII, n° 1

Burgundian-Habsburg monarchic culture between the low countriesand the Spanish Kingdoms(1500-20)

Jonathan Dumont

In the beginning of the 16th century, the progressive acquisition of the Spanish Crowns by Philip the Fair and Charles V transformed the fundaments of dynastic power in the Low Countries. This major political phenomenon also changed deeply the political culture —which became a monarchic culture— of the ruling group (the prince, his relatives, and his curial and bureaucratic staffs).
This article analyses the forms given to this monarchic culture during the three first travels of the princes of the House of Burgundy-Habsburg in the Spanish Kingdoms. The sources written in the curial milieu of the Low Countries shaped a monarchic culture based on compromise. This compromise was actually based on two pillars. It relied firstly on a compromise with the political cultures of the other political forces of the Low Counties (nobles and cities). It was also a compromise between the respective ethos of both Burgundian and Spanish curial milieus.
The compromise monarchy reveals the tension between two different models of monarchic government: one more vertical that had been conceived in the 15th century and that relied on negotiation between the prince and other social forces; another more vertical that insisted on the authority and grandness of the sovereign and his lineage. Therefore, the compromise monarchy shows the equilibrium between these two cultures of power, an equilibrium that Charles’s imperial election radically changed.


Au début du XVIe siècle, l’acquisition progressive des Couronnes espagnoles par Philippe le Beau puis Charles Quint transforme fondamentalement le pouvoir de la dynastie régnant dans les Anciens Pays-Bas. Ce phénomène politique majeur marque profondément la culture politique du groupe dirigeant (le prince, ses parents et ses personnels curiaux et bureaucratiques), laquelle est désormais conçue comme une culture monarchique.
Cet article analyse la manière dont cette culture monarchique est imaginée, essentiellement durant les trois premiers voyages des souverains de la Maison de Bourgogne-Habsbourg dans les royaumes espagnols. L’on assiste, dans les textes produits par le milieu curial des Anciens Pays-Bas, à l’émergence d’une culture monarchique basée sur le compromis, un compromis qui se révèle double en réalité puisqu’articulé entre un compromis avec les cultures politiques des autres forces sociales des Anciens Pays-Bas (noblesse et villes), et un autre entre les ethos des milieux curiaux bourguignon et espagnol.
Cette monarchie de compromis révèle en réalité l’état de tension entre deux modèles de gouvernement monarchique, l’un plus horizontal, issu du XVe siècle bourguignon et faisant la part belle à la négociation entre le prince et les autres forces sociales, l’autre plus vertical, insistant sur l’autorité et la grandeur du souverain et de son lignage. Elle reflète en quelque sorte l’état d’équilibre entre ces deux cultures du pouvoir, équilibre que l’élection impériale de Charles Quint modifiera radicalement.

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Un livre remarquable de la bibliothèque de Jean Calvin. L’exemplaire domestique de son commentaire. In omnes Pauli Apostoli Epistolas (1556)

Max Engammare

En 1565, l’imprimeur genevois Thomas Courteau publie la troisième édition latine des commentaires de Jean Calvin sur les Épîtres pauliniennes en précisant sur la page de titre qu’il avait pris soin de tenir compte des passages biffés et ajoutés dans le propre exemplaire de l’auteur. C’est cet exemplaire que Max Engammare a retrouvé, tout simplement à la Bibliothèque de Genève, exemplaire que Bèze avait acheté pour la bibliothèque de l’Académie, deux mois après la mort de Calvin. C’est l’exemplaire que Calvin avait chez lui, mais dont il avait dicté les corrections à son secrétaire-famulus. M. Engammare relève les corrections, outre les coquilles, non négligeables, et montre qu’elles tiennent à l’évolution de la pensée de Calvin, accordant moins de place à la raison et adoptant une attitude moins philosémite dans la seconde moitié de sa vie. Matériellement, elles sont dues à la méthode de travail du Réformateur, qui découpe une édition ancienne pour rédiger une seconde ou une troisième édition, puis dicte, complète, ajoute sur des feuillets mobiles qui peuvent glisser, déplace, et fait même coller des béquets jusque dans l’officine même de son imprimeur, le grand Robert Estienne.


In 1565, the Geneva printer Thomas Courteau published the third Latin edition of John Calvin’s commentaries on the Pauline Epistles, specifying on the title page that he has taken into account the passages that had been crossed out or added in the author’s own copy. It was this copy that Max Engammare found, quite simply at the Geneva Library, a copy that Beza had bought for the Academy library two months after Calvin’s death. It is the copy that Calvin had at home, but whose corrections he had dictated to his secretary-famulus. M. Engammare notes the corrections which are not insignificant, apart from some misprints, and shows that they reflect the evolution of Calvin’s thought, giving less room to reason and adopting a less philosemitic attitude in the second half of his life. Materially, they are due to the working method of the Reformer, who cuts out an old edition to write a second or third edition, then dictates, completes, adds loose-leaf pages that can slide, moves, and even let stick scraps of paper right into the print office of his printer, the great Robert Estienne.

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Éléments d’une poétique de la chanson dans les psaumes de Clément Marot

Olivier Millet

Les Psaumes de Marot sont relativement négligés par la critique littéraire. Cet article y repère des éléments qui relèvent de la poétique de la chanson, genre auquel appartiennent ces Psaumes et qu’avait pratiqué le poète dans son Adolescence clémentine. Il s’agit de les restituer au domaine poético-musical de la chanson française de la Renaissance. On étudie notamment quelques incipit, les échos du langage courtois, les énoncés métalinguistiques et le thème de la voix, ainsi que la mise en scène du poète-écrivain dans cette partie de son œuvre. Dans ses Psaumes, Marot ne tourne pas la page en changeant de modèle et de thème ; cet aboutissement de son œuvre est parallèle à ses autres créations.

No great interest has up to now been paid to Marot's Psalms in literary criticism. This paper aims to show their belonging to the genre of French song, already used by Marot in his Adolescence clémentine. The Psalms had to be replaced in the poetico-musical world of French song in the Renaissance period. We focus our attention on incipits, the use of courtly language, metalinguitic statements, voice as a topic, as well as the poet's self staging in this part of his work. In his Psalms Marot does not utterly change pattern or themes, but achieves his literary production in a parallel direction.

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Les epigrammata de Jacques Delaunay (1539) et les « poètes connus » à l’époque de François Ier

John Nassichuk

Parmi les nombreux recueils d’épigrammes latines parus en France au cours de la décennie 1530-1540, celui de Jacques Delaunay revêt un intérêt particulier dans la mesure où il évoque plusieurs hommes de la plume actifs pendant le règne de François Ier. Il livre en cela une perspective parallèle à celle qui transparaît des Hymnes de Jean Salmon Macrin, car la vision qu’il élabore évoque une variété de poètes latins (et vernaculaires), de milieux divers, dans un tableau général de l’activité poétique dans le royaume des Valois. Outre les poètes monastiques peu connus, tels Denys Lefebvre, Nicolas de Marconville et Jean Dampierre, Delaunay adresse plusieurs poèmes à une belle variété d’auteurs qui ont déjà marqué l’histoire littéraire, comme Éienne Dolet, Clément Marot, François Sagon, les frères Du Bellay, Nicolas Denisot du Mans et Nicolas Bourbon. Ces adresses personnelles, qui proviennent de la plume d’un auteur et médecin exerçant ses fonctions à Troyes, apportent un témoignage parfois insolite sur l’« actualité littéraire » en France.


Among the numerous collections of epigrams published in France during the years 1530-1540, the one signed by Jacques Delaunay is of special interest insofar as it makes explicit reference to several men of lettres who were active during the reign of Francis I. It thus provides a perspective parallel to that which emerges in the Hymns of Jean Salmon Macrin, for the vision that it elaborates touches upon an impressive variety of Latin (and vernacular), from different literary milieus, in a general portrait of literary activity in Valois kingdom. Aside from little-known monastic poets such as Denys Lefebvre, Nicolas de Marconville and Jean Dampierre, Delaunay adresses several poems to authors who have already made their mark in French literary history, like Etienne Dolet, Clément Marot, François Sagon, the brothers Du Bellay, Nicolas Denisot du Mans and Nicolas Bourbon. These personal overtures from the pen of an author and medical doctor plying his trade in the city of Troyes, yield a sometimes surprising testimony on the contemporary literary scence in early sixteenth-century France.

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Performing imitatio: Bruscambille’s prologues and Cesare Rao’s Lettres facetieuses (1584)

Hugh Roberts and Annette Tomarken

The comic actor known as Bruscambille (fl. 1608-34), who performed and published theatrical prologues in early seventeenth-century France, drew on a range of sources for his best-selling works. In the dedication to one of his major collections he includes a lengthy justification of imitatio. Appropriately enough, Bruscambille has in fact adapted the passage on imitation from L’argute et facete lettere (1562) of Cesare Rao (1532-88?), which he knew through a French translation by Gabriel Chappuys (1546?-1613), the Lettres facetieuses (1584). We have identified these letters as Bruscambille’s most prominent source, yet, as detailed discussion of prologues on folly and pedantry reveals, the comedian’s creativity is enhanced by his imitatio. This article is therefore a case-study that sheds light on the status of this rhetorical practice in the late Renaissance as well as on broader issues of plagiarism and adaptation.

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Le comédien-auteur et best-seller connu sous le nom de Bruscambille (fl. 1608-34) s’est inspiré de sources très variées pour les prologues qu’il a joués et publiés au début du XVIIe siècle en France. De manière fort appropriée, la dédicace de l’un de ses plus importants recueils contient une longue justification de l’imitation qui est elle-même empruntée aux Argute et facete lettere (1562) de Cesare Rao (1532-88?). L’auteur de farces connut les Lettere grâce à leur traduction française (1584) par Gabriel Chappuys (1546-1613), les Lettres facetieuses. Nous avons récemment identifié ces lettres comme étant la source la plus importante de Bruscambille. Cependant, comme le révélera notre analyse détaillée de ses prologues sur la folie et le pédantisme, sa créativité est renforcée par son imitatio. Il s’agira d’une étude de cas qui sert non seulement à illustrer des exemples spécifiques d’imitatio à la fin de la Renaissance, mais aussi à éclairer certaines questions plus générales concernant le plagiat et l’adaptation à cette époque.