Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance. Tome LXXXII, n°3

Le recueil Grenet : collection poétique, pratiques littéraires et réseaux culturels (Genève, XVIe siècle)

GUILLAUME BERTHON et ESTELLE DOUDET

Résumé

Le recueil Grenet (Lausanne, BCUL, M 1016) est un manuscrit poétique personnel compilé au milieu du XVIe siècle par un marchand auvergnat réfugié à Genève. La collection rassemble des textes célèbres ou rares de Marot, des pièces sur l’apprentissage de l’écriture et des poésies satiriques et militantes en faveur de la Réforme. Cette étude propose la première analyse complète de la conception matérielle et intellectuelle du livre, ainsi qu’une interprétation stylistique et littéraire des textes recueillis, afin d’examiner les enjeux socio-culturels du geste collectionneur chez un lecteur du XVIe siècle.


Summary

The Grenet Collection (Lausanne, BCUL, M1016) is a personal anthology of French poetry copied by a merchant from Auvergne exiled in Geneva in the mid-16th century. The manuscript collects a large range of famous or rare poems by Clément Marot, some texts reflecting on learning how to write, and satirical and polemical poems defending the Reformation. This survey is the first comprehensive study of the book’s material and intellectual shaping and of its stylistic and literary specificities. It aims to address the socio-cultural issues raised by the collecting of poetry for Early Modern ordinary readers.

*
**

La curée contre le chancelier Guillaume Poyet (1542-1545) : Clément Marot et les coq-à-l’âne

GUILLAUME BERTHON

Résumé

L’article montre l’important écho dans la littérature satirique (épigrammes et coq-à-l’âne) qu’eurent la destitution spectaculaire du chancelier Poyet (août 1542) et son procès (1544-1545). Le rappel des données historiques et le retour aux sources manuscrites, parfois éditées avec des erreurs de transcription qui en empêchent la compréhension, permettent d’élucider plusieurs passages considérés comme obscurs et de rendre à Clément Marot un dizain dont l’attribution était jusqu’ici repoussée.


Abstract

The article focuses on the important echo that the spectacular dismissal of Chancellor Poyet (August 1542) and his trial (1544-1545) had in the satirical literature (epigrams and coq-à-l’âne). Recalling historical data and returning to handwritten sources, sometimes edited with transcription errors which prevented their correct understanding, enables the elucidation of several passages considered as obscure and renders to Clément Marot a dizain whose attribution was until now refused.

*
**

Edition critique et commentée du Balladin de Clément Marot

DANIEL FLIEGE

Résumé

Le Balladin est le dernier poème composé par Clément Marot vers la fin de sa vie et est resté inachevé. Les éditions modernes de ce texte (de C. A. Mayer, G. Defaux et F. Rigolot) se basent sur l’édition imprimée en 1596 par Thomas Portau et contiennent des erreurs. En 2011, G. Berthon a publié pour la première fois une édition critique du Balladin avec un apparat critique basée sur des éditions imprimées des années 1540. La contribution présente étudie une version ultérieure du Balladin découverte dans un manuscrit de la Bibliothèque Vaticane (Pal. Lat. 1984), jusqu’ici inconnue par la critique, et prend en considération un manuscrit composé par le chirurgien du roi François Rasse des Neux (BnF, fr. 22563) que la critique a jusqu’à présent ignoré. La contribution résume la transmission du Balladin, donne une interprétation du texte et l’édite avec des commentaires et des variantes sur la base du manuscrit vaticane.


Abstract

The Balladin is the last poem composed by Clément Marot towards the end of his life and remained unfinished. The modern editions of this text (by C. A. Mayer, G. Defaux and F. Rigolot) are based on the edition printed in 1596 by Thomas Portau and contain errors. In 2011, G. Berthon published for the first time a critical edition of the Balladin with a critical apparatus based on printed editions from the 1540’s. The present contribution studies another version of the Balladin discovered in a manuscript in the Vatican Library (Pal. Lat. 1984), hitherto unknown to researchers, and takes into consideration a manuscript composed by the King’s surgeon François Rasse des Neux (BnF, fr. 22563) which the research have ignored so far. The contribution summarises the transmission of the Balladin, gives an interpretation of the text and edits it with comments and variants on the basis of the Vatican manuscript.

*
**

Marc-Antoine Muret et les Lettres à Lucilius de Sénèque

L. CLAIRE

Résumé

En 1585 (ou 1586), paraît à Rome un volume posthume préparé par Marc-Antoine Muret rassemblant les œuvres complètes de Sénèque le philosophe, assorties de Notae. Les Lettres à Lucilius y sont l’œuvre la plus commentée par Muret. L’article se propose de dégager la pluralité d’enjeux de ce commentaire, en suivant un parcours en trois étapes thématiques, qui occupent une importance croissante dans les Notae : le style de Sénèque, la critique textuelle et les enjeux philosophiques. On verra ainsi que les Notae aux Lettres à Lucilius témoignent des évolutions personnelles et spirituelles de leur auteur : bien que, au début de sa carrière, le critère stylistique ait retenu l’intérêt de Muret, les préoccupations de cette nature sont moins vives dans les Notae, qui ressortissent aux dernières années de sa vie. Muret y manifeste un désir affirmé de rénovation du texte de Sénèque et s’attache à mesurer la conformité du philosophe avec la pensée chrétienne, sans toutefois désavouer complètement la culture humaniste.


Abstract

In 1585 (or 1586), a posthumous volume prepared by Marc-Antoine Muret was published in Rome, bringing together the complete works of the philosopher Seneca, accompanied by Notae. Seneca’s Letters to Lucilius are the work most commented on by Muret. This article aims to identify the various issues of Muret’s commentary, following a thematic path in three-steps: Seneca's style, textual criticism, and philosophical issues, which grow in importance in the Notae. We thus see that Muret’s Notae to Letters to Lucilius bear witness to their author’s personal and spiritual evolution. Although, at the beginning of his career, stylistic criteria held Muret's interest, concerns of this nature are less acute in the Notae, which emerge in the last years of his life. There, Muret expresses an assertive desire to renovate Seneca's text, and strives to measure the philosopher's conformity with Christian thought, without, however, completely disavowing humanist culture.

*
**

Lazy but cruel: oriental stereotypes in petrus nannius’ Declamatio de bello Turcis inferendo

MARTIJN JASPERS

Abstract

In his Declamatio de bello Turcis inferendo (Louvain: Rutger Rescius, 1536), Petrus Nannius wanted to show that a war on the Turks was ethically justified, necessary and easy to win. In this article, I examine Nannius’ remarks on Islamic and Oriental people. I conclude that the humanist manipulated two different, seemingly contradictory stereotypes of the Turks in his argumentation: the Turks were debauched, lazy, ferocious and cruel at the same time. By stressing the image of the violent Turk, Nannius aimed to prove that a war against the Turks was a bellum iustum, a ‘just war’. The depiction of the lazy Turk served to calm the general public. There was no need to fear the Turks: a victory was close at hand.

*
**

Le vol de l’image d’argent. Enquête sur un délit commis dans le cymbalum mundi

ALAIN MOTHU

Résumé

Au premier dialogue du Cymbalum mundi, Mercure pénètre dans une auberge, mais il quitte bientôt sa table pour aller dérober un « petit ymage d’argent » qu’il souhaite offrir à son « cousin Ganymède ». Le mobile invraisemblable, l’objet mystérieux, le lieu énigmatique et les circonstances obscures de ce larcin nous portent à ouvrir l’enquête à son sujet.


Abstract

In the first dialogue of the Cymbalum mundi, Mercury enters an inn, but soon leaves his table to go and steal a « little silver image » that he wishes to offer to his « cousin Ganymede ». The implausible motive, the mysterious object, place and circumstances of this robbery, all lead us to open an investigation into it.

*
**

Un manuscrit genevois inconnu : le missel de Jean de Montchenu

MIREIA CASTAÑO

Résumé

Conservé à Paris (Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 619), un missel issu de la commande de Jean IV de Montchenu (1442-1506) constitue un témoin précieux de la production artistique genevoise pendant la seconde moitié du XVe siècle. Réalisé entre 1465 et 1468, le missel est richement décoré d’une peinture en pleine page due à un enlumineur genevois et trente-quatre lettrines historiées, que nous attribuons au Maître du Missel Bonivard. Ces deux enlumineurs locaux interprètent de manière simplifiée le modèle des artistes attachés à la cour de Savoie, illustrant particulièrement bien la continuité du lien culturel entre Genève et la cour à cette époque.


Abstract

Preserved in Paris (Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 619), a missal commissioned by Jean IV of Montchenu (1442–1506) is a precious witness to Geneva’s artistic production during the second half of the 15th century. Made between 1465 and 1468, the missal is lavishly decorated with a full-page painting by a Genevan illuminator and thirty-four historiated initials, which we attribute to the Master of the Bonivard Missal. These two local illuminators interpret in a simplified way the model of the artists attached to the court of Savoy, illustrating particularly well the cultural continuity between Geneva and the court at that time.

*
**

Echi estensi a Berlino. Un Libro d’Ore di Tommaso da Modena alla Staatsbibliothek

DANIELE GUERNELLI

L’articolo presenta un nuovo manoscritto miniato di Tommaso di Cesare da Basso da Modena, uno degli artisti che lavorarono tra Ferrara e Bologna nel Rinascimento. Attivo tra circa il 1480 ed il primo decennio del nuovo secolo, seguì il tipico stile della scuola ferrarese, collaborando con miniatori quali Matteo da Milano e Giovanni Battista Cavalletto. Il manoscritto è un Libro d’Ore adesso alla Staatsbibliothek di Berlino (ms. theol. Lat. Oct. 79), ed è databile al 1500 circa. Sfortunatamente la sua araldica venne cancellata. L’articolo segnala inoltre un altro Libro d’Ore attribuibile all’artista, tradizionalmente ritenuto di Eleonora d’Aragona, duchessa di Ferrara (1473-1493), e ora al Museo Calouste Gulbenkian di Lisbona (ms. L.A. 146).


Abstract

The article present a new illuminated manuscript of Tommaso di Cesare da Basso da Modena, one of the artists who worked between Ferrara and Bologna in the Renaissance. Active from the early 1480 to the first decade of the new Century, he followed the style typical of the Ferrarese school, collaborating with illuminators like Matteo da Milano and Giovanni Battista Cavalletto. The manuscript is a Book of Hours now in the Staatsbibliothek of Berlin (ms. theol. Lat. Oct. 79), and can be dates around 1500. Unfortunately the coat of arms has been erased. The article also points out another Book of Hours attributable to the artist, traditionally thought of Eleonora d’Aragona, Dukess of Ferrara (1473-1493), and now in the Calouste Gulbenkian Museum of Lisbon (ms. L.A. 146).



Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance. Tome LXXXII, n°2

Bonas litteras [juris] studiis admiscere (Érasme). Les débuts de l’humanisme à Orléans

D. BJAÏ

Résumé

Si l’université de lois d’Orléans, fondée en 1306 par le pape Clément V, connut d’abord une période florissante, la qualité de son enseignement avait nettement décliné un siècle et demi plus tard, en raison de la préférence accordée à la glose sur les textes mêmes du Code. C’est le renouveau humaniste qui y insuffla une nouvelle vie, grâce aux illustres visiteurs qui se succédèrent sur les bords de Loire à la fin du XVe siècle et au début du suivant : sinon Budé, étudiant alors peu assidu, du moins l’Allemand Reuchlin, le Hollandais Érasme (dont le premier séjour orléanais de l’automne 1500 est ici examiné) et l’Italien Aléandre, venu enseigner le grec en 1510-1511 à l’invitation du recteur Jean-Pyrrhus d’Angleberme. Il en résultera la constitution d’un véritable sodalitium Aurelianense, autour de D’Angleberme lui-même, de Deloynes, l’intime de Budé, et surtout de Nicolas Bérauld.


Summary

The law school of Orléans, founded in 1306 by Pope Clement V, was first flourishing but the quality of its academic teaching had considerably declined a century and a half later, when the gloss was prefered to the legal text itself. The humanistic revival gave it a new life, thanks to the famous visitors who followed each other in the Loire Valley at the end of the XVth century and at the beginnning of the XVIth : if not Budé himself, then a rather low-performing student, at least the German Reuchlin, the Dutch Erasmus (whose first stay in Orléans, at the autumn of 1500, is here extensively studied) and the Italian Aleandro, recruited in 1510-1511 as a Greek teacher by the chancellor of the University, Jean-Pyrrhus d’Angleberme. As a result a genuine sodalitium Aurelianense will be formed, gathering D’Angleberme himself, Deloynes, a close friend of Budé, and first of all Nicolas Bérauld.

*
**

Deux volets de 1515 et une piste parisienne

F. ELSIG

Résumé

L’article met en relation deux mystérieux volets des Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (inv. 596a-b) avec trois fragments du Musée national de la Renaissance d’Ecouen (ECL 12817a-c), datés de 1515 et qui appartiennent au même retable. Sur cette base, il propose de les considérer parmi les rares vestiges de la peinture produite à Paris et de les attribuer à un peintre parisien travaillant en partie d’après les inventions du sculpteur et peintre de Modène, Giulio Mazzoni, actif en France de 1495 à 1516.


Summary

The paper relates two mysterious painted shutters from the Brussels Royal Museums of Fine Arts (inv. 596a-b) with three fragments from the Ecouen National Museum of Renaissance (ECL 12817a-c), dated 1515 and which belong to the same altarpiece. On this basis, it proposes to consider them among the rare vestiges of painting produced in Paris and to attribute them to a Parisian painter working in part after inventions by the Modena sculptor and painter Giulio Mazzoni, active in France from 1495 to 1516.

*
**

François Ier et l’Imprimerie royale : une occasion manquée ?

R. Jimenes

Résumé

À travers une relecture des documents relatifs à l’histoire du collège royal et à l’activité des libraires parisiens, cet article propose d’attribuer à Jean de Gagny un rôle dans la commande des « Grecs du Roi » et dans la création d’une imprimerie destinée au futur collège royal. Différents indices tendent à montrer que Claude Garamont et son beau-frère Pierre Gaultier ont probablement été recrutés pour établir cette imprimerie à l’hôtel de Nesle, à l’emplacement même du futur collège, dans le courant de l’année 1541. À travers l’analyse des réseaux d’amitié et de collaboration entretenus par Garamont en 1545-1546, on montre que cette hypothèse est susceptible d’apporter un éclairage sur un certain nombre de points intrigants de l’histoire éditoriale parisienne : le choix de Pierre Gaultier pour l’impression de la Chirurgia de Guido Guidi (1544), l’étonnante carrière de Jean Barbé ou l’impression par Cyaneus du Songe de Poliphile (1546).


Summary

This paper suggests that Jean de Gagny may have been involved in the production of the famous greek types called « les Grecs du Roi » and that he may have created a printing house for the future Royal College in Paris. Claude Garamont and his brother-in-law Pierre Gaultier seem to have been recruited to establish this workshop in the Hôtel de Nesle in 1541. The study of Garamont’s personal network shows that this forgotten project may be a key to understand some intriguing editorial events of the 1540s : the publication of Guido Guidi’s Chirurgia by Pierre Gaultier (1544), the printing of the Songe de Poliphile (Hypnerotomachia poliphili, 1546) by Louis Cyaneus or the publishing activities of Jean Barbé and Robert Estienne.

*
**

La dernière bibliothèque de Nicolas Bérauld. Livres et sociabilités lettrées dans les années 1530

O. PÉDEFLOUS

Résumé

L’article s’attache à reconstituer le profil de la dernière bibliothèque de l’Orléanais Nicolas Bérauld dont peu de livres avaient été inventoriés. Plus largement il s’agit d’étudier la circulation des livres et les sociabilités lettrés dans la France des années 1530. L’enquête est aussi l’occasion de revoir sur nouveaux frais la question du Jehan Lunel qui figure sur l’édition du Pantagruel imprimé par François Juste à Lyon en 1533 et de montrer que cela s’insère dans des recherches très circonstanciées autour d’Aulu Gelle.


Summary

The article attempts to portray the last library of Orleans born humanist Nicolas Bérauld, of which few books had been inventoried. More broadly, the paper studies the circulation of books and the literate sociability in France during the 1530s. The survey is also the opportunity to reassess the issue of Jehan Lunel which appears on the edition of the Pantagruel printed by François Juste in Lyon in 1533 and to show that it fits into very detailed research around Gellius.

*
**

Nicole Le Jouvre,un poète en Berry

É. RAJCHENBACH

Résumé

Correspondant de François Habert et de Charles Fontaine, Nicole Le Jouvre (mort avant 1549) demeure un auteur méconnu, dont l’œuvre ne nous est parvenue que par bribes. La découverte de sa signature dans un manuscrit constitué à la demande de Jacques Thiboust, seigneur de Quantilly, permet de compléter sa biographie ainsi que d’enrichir son corpus connu, qui est essentiellement constitué de pièces éphémères, typiques d’une large partie de la poésie du XVIe siècle.


Summary

Correspondent of François Habert and Charles Fontaine, Nicole Le Jouvre (died before 1549) remains an unknown author, whose work has only reached us in fragments. The discovery of his signature in a manuscript written at the request of Jacques Thiboust, Lord of Quantilly, completes his biography and enriches his known corpus, which is essentially made up of ephemeral pieces, typical of a large part of 16th century poetry.

*
**

De nouvelles épitaphes infamantes contre Gaspard de Coligny par Bolsec et d’autres

C. LASTRAIOLI

Résumé

Ces quelques notes portent sur une feuille volante qui a circulé au lendemain de l’assassinat de l’amiral Gaspard de Coligny. Rédigée par plusieurs auteurs, dont l’ex-carme Jérôme Bolsec, l’affiche collecte des épitaphes infamantes en latin et en français contre le chef de file des huguenots. Cette pièce figure dans un recueil de seize opuscules très rares – dont on fournit des descriptions bibliographiques succinctes –, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale et universitaire de Turin.


Summary

These few notes relate to a loose-leaf that circulated a few days after the assassination of Admiral Gaspard de Coligny. Written by several authors, including ex-Carmelite Jérôme Bolsec, the flyer collects slanderous epitaphs in Latin and French against the leader of the Huguenots. This flyer is part of a collection of sixteen very rare booklets - for which brief bibliographical descriptions are provided – now available at the National University Library in Turin.

*
**

Une enluminure de Geoffroy Dumonstier sur un dessin de Jean Cousin

D. CORDELLIER et C. DECU TEODORESCU

Résumé

La carrière du peintre rouennais Geoffroy Dumonstier, actif pendant longtemps à Paris, était jusqu'à présent connue à partir d'une série d'estampes signées ainsi que de quelques enluminures et dessins attribués. L'article dévoile une enluminure inédite, à situer au début de la carrière de Geoffroy Dumonstier, qui interroge le corpus habituellement attribué au peintre. L'existence de son dessin préparatoire éclaire les mécanismes de la production artistique parisienne autour de Jean Cousin.


Summary

The career of the painter Geoffroy Dumonstier, native from Rouen and active in Paris, was until now known from a series of signed etchings and an attributed corpus of drawings and illuminations. The article reveals an unpublished illumination, to be located at the beginning of Dumonstier's career, and questions the corpus usually associated with his name. Its preparatory drawing allows to understand mechanisms of the Parisian art production around Jean Cousin.

*
**

La forma textual de la primera edición hispana de las Comoediae Plauti (Alcalá de henares, 1517-1518)

I. VILLARROEL FERNANDEZ

Resumen

La edición de las Comoediae Plauti impresa por Arnao Guillén de Brocar en Alcalá de Henares entre 1517 y 1518 destaca por sus características dentro de la producción de clásicos latinos en suelo hispano durante los siglos XV y XVI. El objeto de este artículo es realizar un análisis de la forma textual de esta edición, con el fin de establecer su filiación mediante la colación y el examen de las variantes presentes en la tradición textual impresa de las comedias plautinas desde la editio princeps hasta la edición alcalaína, y descubrir las pautas seguidas en la elaboración de la edición complutense respecto a las lagunas textuales, la inclusión de supplementa, la puntuación y la utilización de ciertas variantes gráficas y fonéticas y del alfabeto griego.


Summary

The edition of the Comoediae Plauti printed by Arnao Guillén de Brocar in Alcalá de Henares between 1517 and 1518 stands out for its features within the production of classical Latin texts in Spain in the 15th and 16th centuries. This article focuses on the analysis of the textual form of this edition, in order to establish its filiation by the collatio of the textual tradition of Plautus’ comedies from the editio princeps to the Complutense edition. The paper also conducts an analysis of the criteria used in its elaboration regarding the textual gaps, the selection of supplementa, the punctuation and the use of some graphic and phonetic variants and the Greek alphabet.

*
**

Note sur le médecin Pierre Pena et sa famille

J. DUPÈBE

Résumé

Cette note est une mise au point sur la famille Pena (ou Penon), connue par Jean, lecteur royal en mathématiques, et par son jeune frère, le médecin Pierre, dont la carrière fut brillante.


Summary

The aim of this note is to focus on the Pena (or Penon) family, famous thanks to Jean, royal lecturer in mathematics, and his youngest brother, le physician Pierre, whose career was brilliant.



Résumés des articles de la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance. Tome LXXXII, n° 1

Burgundian-Habsburg monarchic culture between the low countriesand the Spanish Kingdoms(1500-20)

Jonathan Dumont

In the beginning of the 16th century, the progressive acquisition of the Spanish Crowns by Philip the Fair and Charles V transformed the fundaments of dynastic power in the Low Countries. This major political phenomenon also changed deeply the political culture —which became a monarchic culture— of the ruling group (the prince, his relatives, and his curial and bureaucratic staffs).
This article analyses the forms given to this monarchic culture during the three first travels of the princes of the House of Burgundy-Habsburg in the Spanish Kingdoms. The sources written in the curial milieu of the Low Countries shaped a monarchic culture based on compromise. This compromise was actually based on two pillars. It relied firstly on a compromise with the political cultures of the other political forces of the Low Counties (nobles and cities). It was also a compromise between the respective ethos of both Burgundian and Spanish curial milieus.
The compromise monarchy reveals the tension between two different models of monarchic government: one more vertical that had been conceived in the 15th century and that relied on negotiation between the prince and other social forces; another more vertical that insisted on the authority and grandness of the sovereign and his lineage. Therefore, the compromise monarchy shows the equilibrium between these two cultures of power, an equilibrium that Charles’s imperial election radically changed.


Au début du XVIe siècle, l’acquisition progressive des Couronnes espagnoles par Philippe le Beau puis Charles Quint transforme fondamentalement le pouvoir de la dynastie régnant dans les Anciens Pays-Bas. Ce phénomène politique majeur marque profondément la culture politique du groupe dirigeant (le prince, ses parents et ses personnels curiaux et bureaucratiques), laquelle est désormais conçue comme une culture monarchique.
Cet article analyse la manière dont cette culture monarchique est imaginée, essentiellement durant les trois premiers voyages des souverains de la Maison de Bourgogne-Habsbourg dans les royaumes espagnols. L’on assiste, dans les textes produits par le milieu curial des Anciens Pays-Bas, à l’émergence d’une culture monarchique basée sur le compromis, un compromis qui se révèle double en réalité puisqu’articulé entre un compromis avec les cultures politiques des autres forces sociales des Anciens Pays-Bas (noblesse et villes), et un autre entre les ethos des milieux curiaux bourguignon et espagnol.
Cette monarchie de compromis révèle en réalité l’état de tension entre deux modèles de gouvernement monarchique, l’un plus horizontal, issu du XVe siècle bourguignon et faisant la part belle à la négociation entre le prince et les autres forces sociales, l’autre plus vertical, insistant sur l’autorité et la grandeur du souverain et de son lignage. Elle reflète en quelque sorte l’état d’équilibre entre ces deux cultures du pouvoir, équilibre que l’élection impériale de Charles Quint modifiera radicalement.

*
**

Un livre remarquable de la bibliothèque de Jean Calvin. L’exemplaire domestique de son commentaire. In omnes Pauli Apostoli Epistolas (1556)

Max Engammare

En 1565, l’imprimeur genevois Thomas Courteau publie la troisième édition latine des commentaires de Jean Calvin sur les Épîtres pauliniennes en précisant sur la page de titre qu’il avait pris soin de tenir compte des passages biffés et ajoutés dans le propre exemplaire de l’auteur. C’est cet exemplaire que Max Engammare a retrouvé, tout simplement à la Bibliothèque de Genève, exemplaire que Bèze avait acheté pour la bibliothèque de l’Académie, deux mois après la mort de Calvin. C’est l’exemplaire que Calvin avait chez lui, mais dont il avait dicté les corrections à son secrétaire-famulus. M. Engammare relève les corrections, outre les coquilles, non négligeables, et montre qu’elles tiennent à l’évolution de la pensée de Calvin, accordant moins de place à la raison et adoptant une attitude moins philosémite dans la seconde moitié de sa vie. Matériellement, elles sont dues à la méthode de travail du Réformateur, qui découpe une édition ancienne pour rédiger une seconde ou une troisième édition, puis dicte, complète, ajoute sur des feuillets mobiles qui peuvent glisser, déplace, et fait même coller des béquets jusque dans l’officine même de son imprimeur, le grand Robert Estienne.


In 1565, the Geneva printer Thomas Courteau published the third Latin edition of John Calvin’s commentaries on the Pauline Epistles, specifying on the title page that he has taken into account the passages that had been crossed out or added in the author’s own copy. It was this copy that Max Engammare found, quite simply at the Geneva Library, a copy that Beza had bought for the Academy library two months after Calvin’s death. It is the copy that Calvin had at home, but whose corrections he had dictated to his secretary-famulus. M. Engammare notes the corrections which are not insignificant, apart from some misprints, and shows that they reflect the evolution of Calvin’s thought, giving less room to reason and adopting a less philosemitic attitude in the second half of his life. Materially, they are due to the working method of the Reformer, who cuts out an old edition to write a second or third edition, then dictates, completes, adds loose-leaf pages that can slide, moves, and even let stick scraps of paper right into the print office of his printer, the great Robert Estienne.

*
**

Éléments d’une poétique de la chanson dans les psaumes de Clément Marot

Olivier Millet

Les Psaumes de Marot sont relativement négligés par la critique littéraire. Cet article y repère des éléments qui relèvent de la poétique de la chanson, genre auquel appartiennent ces Psaumes et qu’avait pratiqué le poète dans son Adolescence clémentine. Il s’agit de les restituer au domaine poético-musical de la chanson française de la Renaissance. On étudie notamment quelques incipit, les échos du langage courtois, les énoncés métalinguistiques et le thème de la voix, ainsi que la mise en scène du poète-écrivain dans cette partie de son œuvre. Dans ses Psaumes, Marot ne tourne pas la page en changeant de modèle et de thème ; cet aboutissement de son œuvre est parallèle à ses autres créations.

No great interest has up to now been paid to Marot's Psalms in literary criticism. This paper aims to show their belonging to the genre of French song, already used by Marot in his Adolescence clémentine. The Psalms had to be replaced in the poetico-musical world of French song in the Renaissance period. We focus our attention on incipits, the use of courtly language, metalinguitic statements, voice as a topic, as well as the poet's self staging in this part of his work. In his Psalms Marot does not utterly change pattern or themes, but achieves his literary production in a parallel direction.

*
**

Les epigrammata de Jacques Delaunay (1539) et les « poètes connus » à l’époque de François Ier

John Nassichuk

Parmi les nombreux recueils d’épigrammes latines parus en France au cours de la décennie 1530-1540, celui de Jacques Delaunay revêt un intérêt particulier dans la mesure où il évoque plusieurs hommes de la plume actifs pendant le règne de François Ier. Il livre en cela une perspective parallèle à celle qui transparaît des Hymnes de Jean Salmon Macrin, car la vision qu’il élabore évoque une variété de poètes latins (et vernaculaires), de milieux divers, dans un tableau général de l’activité poétique dans le royaume des Valois. Outre les poètes monastiques peu connus, tels Denys Lefebvre, Nicolas de Marconville et Jean Dampierre, Delaunay adresse plusieurs poèmes à une belle variété d’auteurs qui ont déjà marqué l’histoire littéraire, comme Éienne Dolet, Clément Marot, François Sagon, les frères Du Bellay, Nicolas Denisot du Mans et Nicolas Bourbon. Ces adresses personnelles, qui proviennent de la plume d’un auteur et médecin exerçant ses fonctions à Troyes, apportent un témoignage parfois insolite sur l’« actualité littéraire » en France.


Among the numerous collections of epigrams published in France during the years 1530-1540, the one signed by Jacques Delaunay is of special interest insofar as it makes explicit reference to several men of lettres who were active during the reign of Francis I. It thus provides a perspective parallel to that which emerges in the Hymns of Jean Salmon Macrin, for the vision that it elaborates touches upon an impressive variety of Latin (and vernacular), from different literary milieus, in a general portrait of literary activity in Valois kingdom. Aside from little-known monastic poets such as Denys Lefebvre, Nicolas de Marconville and Jean Dampierre, Delaunay adresses several poems to authors who have already made their mark in French literary history, like Etienne Dolet, Clément Marot, François Sagon, the brothers Du Bellay, Nicolas Denisot du Mans and Nicolas Bourbon. These personal overtures from the pen of an author and medical doctor plying his trade in the city of Troyes, yield a sometimes surprising testimony on the contemporary literary scence in early sixteenth-century France.

*
**

Performing imitatio: Bruscambille’s prologues and Cesare Rao’s Lettres facetieuses (1584)

Hugh Roberts and Annette Tomarken

The comic actor known as Bruscambille (fl. 1608-34), who performed and published theatrical prologues in early seventeenth-century France, drew on a range of sources for his best-selling works. In the dedication to one of his major collections he includes a lengthy justification of imitatio. Appropriately enough, Bruscambille has in fact adapted the passage on imitation from L’argute et facete lettere (1562) of Cesare Rao (1532-88?), which he knew through a French translation by Gabriel Chappuys (1546?-1613), the Lettres facetieuses (1584). We have identified these letters as Bruscambille’s most prominent source, yet, as detailed discussion of prologues on folly and pedantry reveals, the comedian’s creativity is enhanced by his imitatio. This article is therefore a case-study that sheds light on the status of this rhetorical practice in the late Renaissance as well as on broader issues of plagiarism and adaptation.

*

Le comédien-auteur et best-seller connu sous le nom de Bruscambille (fl. 1608-34) s’est inspiré de sources très variées pour les prologues qu’il a joués et publiés au début du XVIIe siècle en France. De manière fort appropriée, la dédicace de l’un de ses plus importants recueils contient une longue justification de l’imitation qui est elle-même empruntée aux Argute et facete lettere (1562) de Cesare Rao (1532-88?). L’auteur de farces connut les Lettere grâce à leur traduction française (1584) par Gabriel Chappuys (1546-1613), les Lettres facetieuses. Nous avons récemment identifié ces lettres comme étant la source la plus importante de Bruscambille. Cependant, comme le révélera notre analyse détaillée de ses prologues sur la folie et le pédantisme, sa créativité est renforcée par son imitatio. Il s’agira d’une étude de cas qui sert non seulement à illustrer des exemples spécifiques d’imitatio à la fin de la Renaissance, mais aussi à éclairer certaines questions plus générales concernant le plagiat et l’adaptation à cette époque.